Alain Blackman, Maître Barbier

Temps de lecture : 5 minutes

Depuis quelques années, avoir la barbe est redevenu tendance, même si d’après certains, elle ne l’est déjà plus. Néanmoins la barbe, et les moustaches, ne sont pas une affaire de flux et reflux de la mode, mais une histoire de traditions. Alain Blackman est à la fois l’un des gardiens, mais aussi l’un des passeurs, de ce savoir-faire. Tout en conservant la tradition, dans ses gestes et dans son salon, il forme chaque année de nouveaux barbiers. Par ailleurs, il n’est pas ouvert qu’aux apprentis barbiers. Il qualifie son salon de “salon-musée”, donc si vous passez à côté, ne soyez pas timide, et n’hésitez pas à entrer à l’intérieur, même si votre pilosité faciale est inexistante. Au pire, il vous coupera les cheveux ! Je vous laisse découvrir ci-dessous l’interview de ce Maître-Barbier qui manie aussi bien les mots que ses rasoirs.

 

Raphael : Comment êtes-vous devenu Maître Barbier ?

Alain Blackman : Maître Barbier, c’est un diplôme de maîtrise, c’est un diplôme artisanal. Dans l’artisanat, vous avez des artisans et des maîtres artisans. Maître Barbier est une qualification professionnelle supérieure, de la même façon que vous avez des comptables et des experts comptables.

Vous faites ce métier depuis toujours ?  

Oui, ce sont les circonstances de la vie qui m’ont fait choisir ce métier.

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Depuis combien d’années exercez-vous ?

Ça fait belle lurette, et lurette était très belle à cette époque.

Depuis combien d’années officiez-vous dans ce salon en particulier ?  

Depuis de très très nombreuses années également, à deux pas du Boulevard Beaumarchais, Barbier de Séville oblige.

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Vous qualifiez votre salon de « salon musée », pourquoi ?

Nous sommes ici dans un salon musée effectivement, parce que c’est la reconstitution d’une boutique de barbier de fin XIXème, début XXème. Vous pouvez me trouver dans le guide des musées insolites de Paris.

Il y a marqué sur la vitrine « rasage à l’ancienne ». Quand on vient dans le salon, il y a tous ces rasoirs anciens et authentiques. Quelle est la particularité de votre « manière » de raser ?

Notre métier, c’est d’une part l’entretien de pilosité faciale, la mise en forme des moustaches, la taille des barbes évidemment, et puis le rasage intégral, traditionnel, à l’aide d’instruments qui sont très anciens.

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Aujourd’hui, quelle est votre clientèle ?

Notre clientèle est très diversifiée. Nous avons aussi des gens qui viennent se faire recoiffer. Tous les barbiers sont coiffeurs, alors que tous les coiffeurs ne sont pas barbiers. L’étendue de la clientèle va de mon voisin à des gens qui sont d’outre-Atlantique, ou d’autres qui viennent de contrées encore plus lointaines.

Avez-vous perçu une évolution de votre clientèle ?

Comme notre spécialité est quand même la pilosité faciale, qui n’est pas un phénomène « mode », nous avons toujours été barbiers depuis la création de cette boutique, qui date de 1935, mais ce n’était pas moi à l’ouverture.

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Vous dites que ce n’est pas un phénomène « mode », mais la mode a quand même une influence sur votre clientèle. Par exemple, la barbe est tendance depuis quelques années. Avez-vous ressenti ce retour sur le devant de la scène de la barbe ?

C’est une vaste question. Nous sommes des vecteurs de la mode, puisque la mode peut aussi être porteuse de pilosité. Quand on fait un retour en arrière, vous aviez André Malraux, qui dans son ouvrage Les chênes qu’on abat…, se posait une question : pourquoi y a-t-il dans l’histoire des périodes où les hommes étaient hyper-barbus, et des périodes où les hommes ne l’étaient pas ? Ça ne date pas d’aujourd’hui.

Ça va et ça vient… Que dit une barbe ou une moustache à propos d’un homme ?

Alors déjà on dit des moustaches. Les moustaches vont par paires. Il y a la moustache de gauche et la moustache de droite. C’est un peu comme les oreilles et les narines. Ceci étant, le barbu est pour certains quelqu’un qui aurait soi-disant quelque chose à cacher. Moi je dis au contraire qu’un barbu, lorsqu’il sort de chez moi, a quelque chose à montrer.

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Vous êtes le plus ancien Maître Barbier de la place parisienne, peut-être même de France. Formez-vous des élèves ?

Je suis formateur pour à l’Institut National de Formation Coiffure, qui appartient au CNEC, Conseil National des Entreprises de Coiffure. Je forme de nombreux barbiers depuis quelques années déjà. J’ai des barbiers de toute la France, et aussi des femmes barbiers, des « barbières ».  Ce n’est pas quelque chose de mode, car quand vous regardez certaines gravures qui sont sur les murs de mon établissement, vous apercevez qu’il y a eu autrefois des femmes barbiers.

Quels conseils donneriez-vous à un homme pour entretenir sa barbe ou ses moustaches ?

Le conseil premier est de d’abord aller chez un barbier qui va vous faire un diagnostic, puis qui va adapter à votre visage soit des moustaches, soit une barbe particulière, et vous donnera ensuite des conseils d’entretien.

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Vous considérez-vous comme un artiste ?

Je suis un artisan. Dans le mot artisan, il y a peut-être artiste caché derrière.

Un dernier message pour finir ?

Le dernier message, c’est qu’un homme glabre est toujours reçu de manière particulière, surtout dans une société où on a eu tendance à aller vers quelque chose d’un peu clean. Aujourd’hui, on a des barbes un peu plus importantes, style hipster, qui sont des barbes un peu plus travaillées, et qui sont en relation également avec le vêtement. C’est un ensemble dans lequel on peut se complaire aussi. Dans la vie, il faut adapter sa chevelure et sa pilosité en fonction de ce que l’on ressent, avoir une certaine indépendance d’esprit, et ne pas suivre les diktats de la mode.

Merci.

 

Si vous souhaitez passer entre ses mains ou juste voir son salon, voici l’adresse : 8 rue Saint-Claude 75003 Paris.

Ou vous pouvez vous rendre sur son site internet : http://www.alain-maitrebarbiercoiffeur.com/

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