Corentin Orsini, co-auteur de votre futur ?

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Corentin Orsini est l’un de ces hommes qui donnent l’impression de pouvoir se démultiplier à l’infini. Il s’occupe du développement commercial de SoonSoonSoon. Il aide des start-ups à se financer chez Frenchfunding, où il est Venture Partner. Il donne des cours d’entrepreneuriat dans plusieurs écoles de commerce. Par le passé il a monté des business, puis les a vendu… Et il souhaiterait refaire un tour du monde, mais cette fois-ci avec ses deux filles, et bien sûr, sans s’arrêter de travailler. En plus de tout cela, il a trouvé le temps de coécrire, avec Alexis Botaya, le livre : Créez le job de vos rêves et la vie qui va avec. Voici comment ils l’introduisent :

“Et si ?”

C’est ce que vous vous dites parfois en allant au boulot, tout en vous demandant s’il ne serait pas temps de changer de job, de changer de vie…

“Et si ?”

vous décidiez de reprendre les choses en main ? Ce livre est un outil pour vous y aider. A travers 30 principes extraits de tous les ouvrages qui existent sur le sujet, il vous aidera à créer le job de vos rêves – et la vie qui va avec – sans attendre qu’on vous les propose.  

Le constat et le principe sont clairs. Le point de départ est très juste : on a tous nos jours sans, ces jours où l’on voudrait envoyer balader son travail, mais de là à le quitter et se lancer dans une aventure sans filet pour réaliser ses rêves… Vous y avez pensé en 2015, le ferez-vous en 2016 ?

 

Raphael : Pouvez-vous nous présenter votre livre ?

Corentin Orsini : L’idée du livre est de faire une synthèse de tout ce que nous avons lu sur ce sujet : La Semaine De 4 Heures ou Rework par exempleÇa a été des beaux succès en librairie, donc ça veut dire que ça intéresse les gens, nous compris (NDLR : lui et Alexis Botaya), à titre personnel, parce que nous sommes passés par là. C’est-à-dire que nous avons été salariés, puis on a créé nos boîtes, nos activités diverses et variées, certaines ont marché et certaines n’ont pas marché. L’idée, c’était de regrouper tout ça. Nous nous sommes rendus compte que tous ces livres disaient à peu près tous « la même chose ». Nous avons voulu en faire une synthèse tout en y apportant notre éclairage personnel, issu de notre vie, de nos expériences, et notamment en tant que français ; puisque tous ceux auxquels nous faisons références sont des anglo-saxons.

Justement, c’est très américain tout ce côté self-made man, american dream… Ne serait-ce que le titre du livre fait très américain. Est-ce que cette promesse de créer le job de ses rêves peut exister dans la culture française ?

Je pense que oui. Et ça sera de plus en plus le cas. On va tendre vers ça. On voit le succès du statut d’auto-entrepreneur. Cependant, à la base, je suis d’accord avec toi : culturellement, ce n’est pas forcément ce qui nous lie tous et nous active. Nos parents avaient plutôt pour nous des rêves de salariat ou de fonctionnariat, mais aujourd’hui, on voit que le modèle social est un peu entrain de changer. Il est attaqué de toute part. On ne sait pas si on aura des retraites comme nos parents ou nos grands-parents. Force est de constater qu’il n’y a pas de plein emploi, loin de là. Moi je pense que c’est un peu par la force des choses que tout un chacun essaie de se lancer dans l’entrepreneuriat. C’est effectivement un peu calqué sur le modèle américain, même s’il y a quand même des différences assez fortes et fondamentales, notamment notre système social. On y tient tous je pense. Pour le livre, on a peut-être un peu repris les codes américains. Autrement je crois qu’en France, on est un peu moins sensibles à ces codes là, et un peu plus à d’autres valeurs, comme ce côté développement personnel et qualité de la vie privée. Pour les français, la balance entre vie personnelle et professionnelle est peut-être plus importante que pour les anglo-saxons. Encore une fois, c’est un peut-être, même si c’est des généralités.

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Vous donnez des cours d’entrepreneuriat, vous conseillez des entrepreneurs… Aujourd’hui, quel est le plus gros frein qui empêche un individu de créer le job de ses rêves et la vie qui va avec ?

Il y a beaucoup de freins, mais évidemment la peur. La peur a plusieurs étapes. D’abord la peur de se lancer. La peur de ne pas y arriver. La peur du « qu’en dira t-on » de la part de ses amis et de sa famille. La peur de « si j’échoue, qu’en dira t-on ? Et ensuite comment je vais me réinsérer dans la vie professionnelle ? Est-ce que c’est possible ? ». En fait, ce que nous voulons dire, c’est qu’il ne faut pas tirer un trait complet sur la peur, mais il faut apprendre à maîtriser son environnement pour diminuer les risques. Nous avons presque l’approche d’un financier. Je ne vais pas me lancer à corps perdu dans une aventure sans avoir réfléchi à rien avant. Je vais essayer de mobiliser le temps libre que j’ai en étant salarié dans mon entreprise, ou étudiant, et tenter de voir autour de moi : est-ce que mes compétences intéressent ? Est-ce que j’arrive à vendre mes services ? Mon produit ? Est-ce que les gens sont intéressés par ce que je fais ? Par ce que je dis ? Si oui, je vais peut-être commencer à mettre une offre en place, puis voir ce qu’il se passe, et en permanence rester agile pour faire évoluer mon offre, mon service, mon produit…

Vous avez travaillé pour un Venture Capitalist. Vous aidez des jeunes sociétés à lever des fonds. Est-ce que la création du job de ses rêves passe forcément par la création d’une start-up ? Aujourd’hui, ça fait office de nouvel eldorado, et ça attire beaucoup de jeunes, et de moins jeunes.

Moi je ne le crois pas du tout. Et Alexis est complètement d’accord avec moi. On lit dans la presse des histoires de gens qui ont levé des sommes faramineuses, qui fournissent ou deviennent des multinationales… Déjà, il faut savoir que ça c’est très rare. Ça concerne peut-être 100, 200, 300 personnes à Paris, ou peut-être un peu plus… Peu importe ! Ce n’est pas la majorité. C’est 0,1%. En plus de cela, il ne faut pas croire que c’est facile. Il ne faut pas croire que vous allez avoir un super équilibre vie perso/vie pro en créant une grosse start-up avec pleins d’employés, tout ce qui va avec, et allez lever des fonds. Vous allez devoir rendre des comptes à des investisseurs… C’est un travail très dur. Après il y a une troisième voie. C’est la voie choisie par pleins de travailleurs freelance, indépendants, de gens qui font de la croissance raisonnée on va dire. On peut faire un parallèle avec l’agriculture raisonnée ou l’agriculture bio. On ne va pas chercher à faire des champs de milliers d’hectares, mais à faire un champ de très bonne qualité, plus petit, et développer ses cultures. C’est un peu similaire dans l’entrepreneuriat. Ici chez SoonSoonSoon, on ne fait pas la course à la croissance. On est 6 ou 7 personnes, c’est une petite boîte, mais ça marche bien, nous sommes rentables. On n’a pas forcément envie demain d’être 100 personnes et d’aller se vendre à Google. On se développe petit à petit. On essaye de faire ce qui nous plaît surtout.

 

"(...) dans le travail, celui-ci ne s'affirme pas, mais se nie, ne se sent pas à l'aise, mais malheureux, ne déploie pas une libre activité physique et intellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit." Marx, Manuscrits de 1844

« (…) dans le travail, celui-ci (NDLR : l’homme) ne s’affirme pas, mais se nie, ne se sent pas à l’aise, mais malheureux, ne déploie pas une libre activité physique et intellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit. » Marx, Manuscrits de 1844

 

Pensez-vous qu’il est possible pour un salarié ou un fonctionnaire de s’épanouir dans son travail ?     

Oui absolument. On peut complètement s’épanouir en tant que salarié ou fonctionnaire, et heureusement vu que peut-être trois quart, voir plus, des travailleurs en France le sont. Par contre, on voit aussi beaucoup de gens qui n’arrivent pas à s’épanouir. Là, pour le coup, ce n’est pas une situation tenable sur le long terme. Quand on a cet état d’esprit d’aller faire des choses, d’aller changer les choses, il faut essayer de mettre tout ça en place, de ne pas seulement y réfléchir, de ne pas seulement ruminer dans son coin, mais essayer de commencer à faire. C’est vraiment petits pas par petits pas. C’est ça qui est intéressant. C’est comme le développement durable. On fait un petit geste dans son coin. Ok, ça ne va pas changer grand chose de consommer un litre de moins, mais si un million de personnes le font, c’est un million de litres. C’est pareil pour créer son activité. Il faut y aller petit à petit. L’essentiel est de faire des choses. Une chose qui est faite a le mérite d’exister, même si elle n’est pas parfaite. Tous les créateurs d’entreprises, leurs boîtes, au début, elles ne ressemblaient pas à grand chose. Le produit n’était pas très bien fini… C’est vrai pour une grande majorité. C’est comme ça. Il ne faut pas avoir honte de ce qu’on fait au début.

Votre livre est aussi une réponse à une évolution de la société. Il y a aujourd’hui cette possibilité, démontrée par quelques start-up et personnes, de réussir par soi-même. Comment voyez-vous vous évoluer la société dans les prochaines années d’un point de vu professionnel ?

Je crois qu’on ira, inexorablement, vers une société constituée de plus d’indépendants. D’abord parce que les gens le veulent, le souhaitent, le désirent. Il y a une bonne partie des gens qui subissent le salariat et veulent s’en émanciper. Puis aussi parce que ça peut permettre de réguler le chômage, et ça permet d’optimiser le temps et les ressources. C’est assez bizarre de se dire que tous les salariés du monde, en gros, sont employés de 9h à 18h tous les jours pour faire des tâches complètement différentes et qui n’ont rien à voir. Il y a obligatoirement des périodes de creux et des périodes d’activités plus intenses. Finalement, pour réguler tout ça, la meilleure parade c’est l’indépendance, la flexibilité… L’idée serait d’arriver à ce que raconte un peu toujours tous les politiques sur la flexisécurité (NLDR : d’après Wikipédia, ce terme désigne un dispositif social autorisant une plus grande facilité de licenciement pour les entreprises, et des indemnités longues et importantes pour les salariés licenciés). Il y a des innovations qui vont dans ce sens-là.

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Encore une fois, on ne peut pas se jeter dans le bain sans rien, sans clients. Moi par exemple, je me suis concentré sur les compétences où je pensais être pas trop mauvais, même si elles n’ont pas grands choses à voir. Ensuite je suis allé vendre ces compétences. Je ne pourrais pas vivre seulement en travaillant seulement autour d’une compétence, donc je me vends à travers plusieurs. C’est vers ça qu’on tend. Comme les gens aiment bien mettre des mots sur toutes les choses, il y a le phénomène des slasheurs qui est apparu il y a quelques années. Je ne dis pas que toute la société va tendre vers ça, mais on en verra de plus en plus.

Un dernier message pour finir ?

Ne foncez pas bille en tête, mais mettez-vous en ordre de marche. C’est ça qui est difficile. Il faut saisir toute la nuance. Ce n’est pas : je me barre tout d’un coup et ça va marcher. Nan. Entreprendre et faire un truc qui fonctionne, ça prend un an, deux ans, trois ans, cinq ans… minimum. On parle tous de Blablacar, mais lui, ça fait plus de 10 ans qu’il a lancé son service. On en parle que maintenant. Pendant des années, il a galéré. C’est le lot quotidien des entrepreneurs : galérer au début. Voilà pourquoi il ne faut pas sauter le pas tout d’un coup. Il faut garder des filets de sécurité, puis progressivement y aller et se lâcher.

Merci.

 

Vous pouvez commander le livre sur le site officiel : http://www.creezlejobdevosreves.com/

 

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