François Gautret, un mec de Riquet

Temps de lecture : 9 minutes

François Gautret est le fondateur de l’association RStyle. R comme Riquet, ce quartier populaire du 19ème arrondissement où il a grandi. Il a immédiatement baigné dans la culture hip-hop, une culture riche. Riche, c’est le mot qui vient tout de suite en tête en visitant le site de l’association (NDLR : à visiter ici : http://www.rstyle.fr/Home.html), riche non pas en terme d’opulence mais en terme d’offres et d’activités. Pour tous ceux qui croient encore que le hip-hop se résume au rap, faites-y donc un tour, vous y trouverez de la danse, du graffiti, des films, du freestyle, du DJing… Et pour tout cela il y a des cours, des castings, des festivals, des shows, une médiathèque dédiée aux cultures urbaines… D’ailleurs cette médiathèque est située dans les bureaux de RStyle, situés à Riquet bien sûr ! C’est là que je retrouve François Gautret pour l’interviewer.

 

Raphael : Tu as grandi à Riquet, tes bureaux sont à Riquet, donc pour débuter j’ai envie de te demander si tu as déjà quitté ce quartier ?

François Gautret : Juste pour de l’événementiel, mais je reviens très vite (rire).

Tout d’abord comment définis-tu l’association RStyle ?

A la base, je la définis comme un réseau d’amis et d’artistes, qui a ensuite évolué vers un réseau professionnel.

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Le week-end dernier (NDLR : interview réalisée le 9 juin), vous avez organisé l’Urban Films Festival. Quelles sont, sur une année, vos actions et vos événements ?

Chez RStyle, nous travaillons autour de 4 pôles d’activités. Il y a un pôle formation avec la mise en place de cours de danse, de DJ, de graff, de beatbox… Il y a un pôle événementiel avec justement l’Urban Films Festival, des Block Party, les Jamel Dance Club au Comedy Club, une galerie à ciel ouvert, des projets street-art… Ce sont des événements que nous portons de A à Z, comme l’Xtreme Gravity que nous avons organisé à La Villette par exemple, une rencontre européenne autour de l’art du déplacement avec les Yamakasi. Le troisième pôle gère tout ce qui est diffusion d’artistes. C’est presque une cellule à part entière, elle s’appelle RS Booking. L’objectif, vraiment, c’est de référencer tous ces artistes issus des cultures urbaines, sous ses différentes formes, le light painting, le football freestyle, le parkour, le break… bref, toutes ses formes d’expressions. Nous sommes un peu l’intermédiaire entre les institutions privées/publiques et les artistes. Le quatrième pôle d’activité, c’est une médiathèque des cultures urbaines. Elle est née de l’Urban Films Festival. A force de recevoir tous ces films, nous avons décidé de les collecter. L’idée est de pouvoir les présenter à des professionnels ou à des programmateurs.  

Tu as dit qu’à l’origine, RStyle, c’était ton réseau, donc je suppose que tu as grandi dans cette culture urbaine. Que faisais-tu avant RStyle ?

Avant RStyle, je suis, enfin j’étais plutôt, danseur. J’ai commencé très jeune, à l’âge de 9 ans. Et même avant j’étais dedans, j’ai un frère, de 10 ans mon aîné, qui était aussi dans cet univers. J’étais entre les platines et les graff, entre mon voisin DJ Abdel et mon voisin d’un peu plus loin, DJ Dee Nasty. Il y avait aussi mes voisins d’encore un petit peu plus loin les Aktuel Force, pionniers de la danse hip-hop. Il y avait les premiers graffeurs, JayOne des BBC… qui étaient aussi mes voisins. Donc je ne dirais pas que je suis rentré dans ce mouvement, mais que j’ai grandi dans ce mouvement.

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La culture hip-hop a évolué. Par rapport à toi, je pense surtout à la danse hip-hop. Quand j’étais ado, les gens allaient danser aux Halles. Aujourd’hui, tu ne peux plus y danser, ça se passe plutôt au 104, qui n’est qu’à quelques pas de tes bureaux. En tant qu’activiste du hip-hop, quel regard as-tu sur cette évolution ?

Effectivement, à une époque on dansait aux halles, mais encore avant, ça se passait aux terrains vagues de La Chapelle et à la salle Paco Rabanne, un lieu que la marque avait mis à disposition à Colonel Fabien. Il y avait aussi une époque où ça fonctionnait pas mal en club, le Globo par exemple, mais je n’ai pas connu ça, j’étais trop jeune. Ensuite les danseurs ont commencé à vouloir vraiment perfectionner leur technique, ne pas être dans du spectacle de rue mais dans de l’entraînement. Pour ça, il y avait le forum des Halles, puis plus tard la Gare de Lyon et la Défense. Pour la petite anecdote, aux Halles, il y a eu un accident. Quelqu’un regardait à l’étage les danseurs, il s’est un peu trop penché, je crois qu’il était un peu bourré, et il est tombé. Ça c’est mal passé pour lui, du coup les autorités ont dit stop à la danse hip-hop dans les Halles. Quand le 104 a ouvert, on a un peu forcé pour avoir notre place là-bas. Au début c’était pas si simple que ça, d’ailleurs c’était même pas possible. Les deux anciens directeurs avaient une programmation… je ne vais pas dire élitiste… mais ils avaient une culture assez pointue. Ce n’était pas vraiment accessible pour nous, il fallait vraiment être de l’univers artistique contemporain. Donc ça ne fonctionnait pas avec le quartier. Quand on a commencé à vouloir y danser, ça a été compliqué. Jusqu’à ce qu’il y ait des petits problèmes de fréquentation. Là, ils nous ont vite appelés à la rescousse, pour voir si c’était possible de mêler culture et social, ils nous ont proposés un rôle de médiateur. On a été un peu vexé par cette demande, mais on n’avait pas vraiment le choix pour avoir un bel espace, donc on a dit OK, mais qu’en contrepartie, il fallait nous donner les moyens pour prendre en charge une petite sono et un salarié, pour mettre en place cette action. Ça s’est monté comme ça, puis à force de persistance, et au fur-et-à-mesure que les artistes apprivoisaient le lieu, le bouche-à-oreille a fonctionné. La nouvelle direction, qui est plus ouverte que la précédente, nous laisse plus d’espace dans le 104, plus difficilement dans la programmation officielle, mais en tout cas, on est présent dans le OFF du 104. Enfin OFF mais IN, car on est vraiment dedans, mais pas encore dans la programmation officielle. C’est en train de changer. Juste une petite parenthèse sur les Halles et son évolution : à un moment, quand le hip-hop a été viré des Halles et que la ville de Paris a commencé à travailler sur son nouveau projet pour ce lieu, la réhabilitation actuelle, les autorités nous ont demandé comment faire pour y ramener à nouveau la danse hip-hop, car ils en ont besoin. Les Halles sont identifiées dans toute l’Europe, et même à travers le monde, comme une référence. Ça leur faisait une bonne pub, sauf qu’il n’y en a plus maintenant. L’idée est venue de créer un lieu, qui s’appellera « La Place », un lieu de 1500m² ouvert au hip-hop, dédié aux cultures urbaines et présidé par Agnès B. On espère que ça ira dans le bon sens.

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Quand un lieu comme le 104 arrive dans un quartier, ça ne passe pas inaperçu. Aujourd’hui comment est-ce que le 104 s’intègre dans le quartier de Riquet ? Est-ce que la population locale y va ? Ou est-ce une population extérieure à Riquet qui y va ?

On sent presque la rupture. Il y a le public du quartier et de l’art populaire, qui est aujourd’hui plus large que le hip-hop en général, avec le cirque, le roller… Il y a les élèves du cours Florent qui viennent répéter. En termes de programmation officielle, il y a souvent des spectacles autour du cirque, parce que le nouveau directeur vient de cet univers. En vrai je ne connais pas plus que ça leur programmation, car quand je reçois leur newsletter, elle ne me parle pas du tout. Après, moi je ne demande que ça de rencontrer des nouveaux genres, des nouveaux styles, mais il manque encore un truc pour se connecter avec les gens du quartier. Quand on parle du 104 aujourd’hui, ce qui le fait briller, c’est ce grand hall animé par des danseurs, pleins de personnes de milieux différents. Les personnes que j’y ai amenées me disent que c’est super, qu’on dirait New-York, ça bouge de partout, ça danse, il y a de l’expression libre, c’est super. Encore une fois, c’est dommage que cette énergie, qu’il y a dans le grand hall, ne soit pas dans la programmation officielle. J’espère que ça va bouger, que ça va avancer.

Quand tu as grandi, le hip-hop était une culture niche, aujourd’hui c’est mainstream. Qu’est-ce que cette évolution a changé pour toi et pour RStyle ?

Ça nous a permis de développer le pôle d’activité qu’est RS Booking. C’est du placement d’artistes pour toute sorte de marques, pour de l’événementiel, de la publicité… Du coup, cela crée un fond de roulement qui nous permet d’investir sur les projets plus culturels que nous mettons en place, sans avoir à être dépendants des subventions publiques.

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C’est quoi le futur pour RStyle ?  

Le futur, je l’imagine bien avec des antennes dans différentes villes dans le monde. On a déjà des relais. Pour l’Urban Film Festival, on organise des qualifications avec l’Outre-Mer, en Nouvelle-Calédonie, sur l’île de La Réunion et en Guadeloupe. Sur les battle pro, on est en connexion avec Taïwan, le Brésil, la Biélorussie, l’Ukraine, la Corée du Sud… Pour l’instant c’est des connexions avec d’autres structures, mais l’idée est d’avoir un pied-à-terre dans chaque ville, avoir des antennes, avoir des correspondants, développer une réelle activité d’échange de programmation, avoir un impact social, car aujourd’hui l’un ne va pas sans l’autre. Il faut avoir une utilité publique à travers ces projets culturels, artistiques, sportifs… Mais sans être complètement déconnectés de la réalité, car autrement ça peut faire des dégâts.

Un dernier message pour finir ?

L’union fait la force. En ce moment, nous sommes sur un nouveau projet avec Jamel Debbouze, une sorte de G20 des quartiers. Justement, ça retrace toutes ces connexions d’associations, d’artistes, d’institutions, de médias… L’idée est de réunir différentes forces pour pouvoir présenter des projets et bousculer les codes. On pourrait imaginer avoir du hip-hop à la Philharmonie de Paris. Le but est d’avoir une action collective pour discuter directement avec les institutions et les ministères.

Merci.

 

Pour plus d’informations, voici le site officiel de l’association : http://www.rstyle.fr/

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