François Godet, écrivain public

Temps de lecture : 6 minutes

Selon un article publié dans le Figaro en 2009, un français sur trois rêve d’écrire, de sortir un livre. L’industrie du livre est la première industrie culturelle dans le monde. Les gens s’imaginent seuls, enfermés pendant des jours à taper sur leur clavier des mots qui bouleverseront le monde. Puis ils s’imaginent signant des autographes, ils se voient avoir des conversations profondes avec les esprits les plus brillants de leur génération en dégustant un vin tellement âgé qu’on ne peut même pas le dater… Enfin, c’est ce que j’imagine qu’ils imaginent. Un jour, dans l’ascenseur, j’ai croisé l’un de mes voisins. Nous discutons, il me demande ce que je fais, je lui demande ce qu’il fait, et il me répond : écrivain public. Ecrivain public… ça ne sonne pas comme une promesse de gloire et d’éternelle reconnaissance dans les livres d’histoire. Il n’en fallait pas plus pour que j’interviewe un autre de mes voisins : François Godet.

 

Raphael : Qu’est-ce qu’un écrivain public ?

François Godet : Un écrivain public c’est quelqu’un qui écrit pour les autres. Il peut rédiger des lettres, il peut faire des discours, il peut retranscrire des conférences, des comptes rendus de comités d’entreprises, il peut corriger des mémoires, il peut corriger des thèses, il peut écrire des biographies… Ça c’est mon objectif à très court terme, d’ailleurs, j’ai un communiqué de presse qui va paraître dans le Parisien, j’attends de leurs nouvelles. Voilà, c’est quelqu’un qui aide les autres à formuler des choses par écrit. Nous sommes là pour aider ceux qui ont les idées mais n’ont pas la capacité de les retranscrire sur le papier.

Vous parlez des autres. Aujourd’hui qui sont-ils ? Qui sont vos clients ?

Pour moi, actuellement, ce sont des mairies pour qui je retranscris des conseils municipaux. C’est aussi des particuliers qui ont besoin de mes services pour rédiger des lettres de motivation, des CV, des lettres d’amour… J’aime bien faire des lettres d’amour, car je suis bon dans ce domaine. Je peux rédiger tout type de lettre. Personnellement, ça me paraît évident d’écrire une lettre. On a tous des facilités dans un domaine ou un autre, moi c’est écrire des lettres. J’aime bien cette phrase de Boileau : « Tout ce qui se conçoit bien s’énonce clairement – Et les mots pour le dire viennent aisément. » Donc mes clients définissent leur idée et moi j’écris à leur place. Je leur prête ma main. Je leur prête ma plume. Je leur prête ma manière d’écrire, mon aisance scripturale.

Vous avez toujours fait ce métier ?  

Non, non, je suis écrivain public depuis octobre 2009. Avant cela j’ai fait du journalisme, j’ai fait un peu de tout. Au final, je crois qu’écrivain public c’est un métier qui me ressemble.

Vous aidez les gens à écrire, avez-vous l’impression que la langue française se perd ?

C’est une bonne question… J’ai l’impression qu’aujourd’hui on utilise trop les textos, on fait l’économie de l’écriture. Je trouve qu’on l’utilise de moins en moins pour communiquer. C’est une vraie question que vous me posez là, je n’ai pas la réponse. Je trouve que les jeunes communiquent trop dans un langage abrégé. Je n’aime pas ça, c’est une forme d’impolitesse leur langage. Moi quand j’écris je m’applique, même pour des textos, je fais attention à l’orthographe. Je n’aime pas abréger. Mais je comprends l’utilité, gagner du temps. Donc peut-être que la langue française se perd, mais je n’ai pas la réponse.

Vous aimez le français et les belles phrases. Si vous deviez nous conseiller 3 livres ?

Spontanément, j’ai envie de dire Paulo Coelho parce que je viens de lire l’un de ces livres : Adultère. C’est très paradoxal, car pour moi c’est un livre romantique. Il faut le lire jusqu’au bout. J’adore ce livre car l’auteur se met  à la place d’une femme. Ça, ça me passionne, surtout que je trouve les femmes très mystérieuses. Justement je l’ai prêté à une fille pour qu’elle me dise si ça correspond à ce qu’elle pense elle, même si elle est différente du personnage principal du livre. Et donc Paulo Coelho se met à la place de la femme qui trompe son mari. Un deuxième livre, que j’ai relu récemment, j’ai même fait un petit papier dessus, c’est L’étranger de Camus. Ça fait réfléchir par rapport à notre époque. Un troisième livre… Je lis actuellement un livre passionnant. Ça va sortir en film, c’est l’histoire des chiliens qui se sont retrouvés bloqués sous terre. Je trouve ça fascinant parce que j’ai une métaphore à ce sujet : je pense qu’on est tous enfermé quelque part dans notre dans vie. Le livre raconte les rapports entre eux, le rapport à la foi, comment ils vont s’en sortir…  Je le conseille vraiment, Les 33 : La fureur de survivre, par Hector Tobar.

Ecrivez-vous des fictions ?

Je n’ai pas écrit de livre. D’ailleurs même les biographies, c’est pour les autres. Je leur prête ma plume. J’écris pour quelqu’un qui me raconte son histoire. Je suis le porte-plume. Sinon je n’ai pas cette volonté d’écrire un livre. J’écris pour moi, j’écris tout le temps. Tout à l’heure, j’ai pris un carnet, j’ai écrit tout ce qui pouvait me passer par la tête… Après j’aime beaucoup me relire. Ça met une distance entre soi et soi. C’est comme un ami avec qui on se parle à distance. C’est très intéressant. Ça permet d’être un peu plus conscient de la vie. Ce que j’aime dans les biographies, c’est de permettre aux gens de prendre conscience de leur vie, de la vivre tout en la revivant. Je considère qu’on n’est jamais conscient au moment où l’on vit.

Les gens qui viennent vous voir pour rédiger leur biographie, ce ne sont pas des personnalités, c’est monsieur Tout-Le-Monde.

Non, je n’ai pas vu de personnalités pour le moment.

Quel est leur objectif ? C’est une démarche purement personnelle ou est-ce pour être publiés ?

Je crois qu’il y a un peu de tout. Il y a tout type de personnes. Elles font ça aussi pour se soigner je crois. Je n’aime pas ce mot là, soigner, car il est ambiguë, mais je crois qu’elles font ça pour se guérir, pour se soulager d’une souffrance. Ce que je cherche à faire, c’est retranscrire des tranches de vie.

Un dernier message pour finir ?

Écrivain public c’est un métier qui me passionne. Que dire de plus ? J’adore écrire, je ne peux pas m’en passer, j’écris tout le temps, sur Facebook notamment, et j’écris aussi sur le site du GREC (NDLR : http://www.ecrivainsconseils.net/).

 

Si vous souhaitez faire appel à François Godet, voici son adresse mail : francois.godet4@wanadoo.fr  

1 Comment

  • Pawlick Françoise dit :

    Je viens de lire avec intérêt cette interview de mon confrère et ami : c’est un parfait résumé de notre métier si riche! Nous sommes tous des passionnés à la fois d’écriture et de contacts; grâce à notre écoute emphatique et notre plume alerte, nous proposons à toutes sortes de publics un accompagnement personnalisé. Nous pouvons êtres fiers d’exercer un noble métier autour de « l’humain »

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