Jan Bartos, luthier

Temps de lecture : 7 minutes

Le violon est un instrument particulier, à la fois noble, joué au sein des plus prestigieux orchestres de la planète, mais en même temps très populaire. On pense à la musique tzigane et à la musique Klezmer par exemple, qui font parties de la culture de plusieurs pays d’Europe de l’est. D’ailleurs Jan Bartos est originaire de Pologne, mais c’est dans son atelier, rue du Vertbois dans le 3ème arrondissement de Paris, qu’il travaille aujourd’hui. Nous retrouvons à travers son atelier cette dualité du violon évoquée plus haut. Il y construit des violons pour les virtuoses. En France, un violon neuf fabriqué par un luthier coûte entre 10 000 et 20 000 euros en moyenne. Pourtant son atelier donne sur le trottoir, n’importe qui peut pousser sa porte.

 

Raphael : Pourquoi êtes-vous devenu luthier ?

Jan Bartos : C’est une longue histoire. Enfant, j’ai commencé à 7, 8 ans à jouer du violon. C’est ma mère qui a poussé tous ses enfants à faire de la musique. A l’âge de 14 ans, j’ai vu un reportage à la télé parlant de l’école de lutherie. Je me suis dit que c’était parfait pour moi. C’est de la musique, c’est le violon, et en même temps, c’est un travail manuel, qui est quelque chose que j’aimais beaucoup enfant, j’aimais construire. Ça me correspondait bien.

Pourquoi le violon et pas un autre instrument ? C’est parce que votre mère vous a mis un violon entre les mains ?

Ce n’est pas mère qui l’a décidé. C’est plutôt le hasard, entre l’école de musique et les instruments proposés. Pour moi, c’est tombé sur le violon. Je me suis dit pourquoi pas. J’étais le premier élève dans cette école à étudier le violon. C’était intéressant.

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Vous avez fait une école de lutherie, et ensuite que se passe-t-il ? Vous ouvrez tout de suite un atelier ? Vous travaillez pour des luthiers ?

Après l’école, on peut faire les 2. On peut essayer d’ouvrir son atelier, mais on est formé que pour la partie manuelle à l’école… Mais après 20 ans de travail j’apprends toujours des choses. C’est un travail qu’on apprend toute sa vie. Mon parcours, ça a été l’école en Pologne d’abord, le lycée musical, suivi de l’université de musique. Pendant mes études à l’université, j’ai eu une bourse pour apprendre l’italien. Je suis donc allé en Italie pour perfectionner la langue. Là-bas, j’ai rencontré un luthier local. Je suis retourné en Pologne, j’ai fini mes études, puis un an plus tard, je suis retourné en Italie car ce luthier m’a proposé de travailler chez lui. Ça s’est passé en 2 temps. Je suis resté un an dans le centre du pays. Au bout d’un an, il déménageait. Il est parti à Crémone, mais il n’a pas ouvert tout de suite d’atelier. Il faisait des recherches pour publier un livre sur l’histoire de la lutherie en Italie. Il m’a proposé de travailler chez l’un de ses collègues à Paris. J’y ai travaillé pendant un an et demi. Après, je suis retourné à Crémone pour ouvrir un atelier avec ce luthier. Je suis resté 8 ans là-bas.

Après, vous êtes revenu à Paris pour ouvrir votre boutique.

Oui, je suis revenu à Paris pour brièvement travailler dans un autre atelier. J’ai rapidement ouvert ma propre boutique.

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Ça fait combien de temps que vous avez ouvert ici, rue du Vertbois ?

Ça fait… depuis avril 2007. J’ai ouvert avec mon ami archetier. Maintenant, il n’est plus là. Il est reparti chez lui, en Angleterre.

Pouvez-vous nous parler de la fabrication d’un violon ? Comment ça se passe ? Combien de temps ça prend ?

Je fabrique environ 6 instruments par an. Si on divise, ça fait plus ou moins 2 mois par violon. C’est difficile à évaluer, je n’ai jamais compté mon temps, mais ça doit être à-peu-près ça.

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Et alors comment ça se passe ? Quelles sont les différentes étapes ?

Il y a plein d’étapes ! On commence avec les morceaux que vous voyez ici. On les découpe, on les colle… On suit avec les contours d’éclisses. Donc d’abord on trace bien les contours d’éclisses, puis on trace le fond de notre violon. On le découpe. On le sculpte. Ensuite on le creuse pour donner l’épaisseur exacte. On passe à l’étape suivante : c’est la table. C’est le même procédé que pour le fond. A l’intérieur, on colle aussi une barre d’harmonie. C’est une barre transversale qui soutient le poids du chevalet. La dernière étape, c’est la volute. On la sculpte. Puis on assemble tout l’instrument. On le monte avec les cordes, les chevilles… Après c’est le vernissage. Après ou avant, ça dépend.

Schémas récupérés sur Wikipedia

Vous êtes un ébéniste avec une oreille musicale.

Oui on peut dire ça.

Il y a quelque chose d’assez spécial, d’assez poétique, c’est qu’un morceau du violon s’appelle l’âme. D’où est-ce que ça vient ?

Oui, l’âme est une petite tige de bois qui relie la table avec le fond. Elle transmet les vibrations. Elle soutient en même temps le poids du chevalet aussi. Il y a environ un poids de 30 kilos avec les cordes. D’un côté, vous avez la barre d’harmonie qui fait que la table ne s’affaisse pas. De l’autre côté, vous avez l’âme qui fait que la table ne s’affaisse pas et qui transmet les vibrations au fond. Ensuite ça amplifie tout le son. L’âme… je ne sais pas pourquoi elle s’appelle comme ça. C’est très important d’une part pour les vibrations, et d’autre part, il faut qu’elle soit au bon endroit et avec la bonne tension. Ça fait qu’un violon mal réglé va mal sonner. En bougeant l’âme, on peut trouver l’équilibre pour avoir le meilleur son possible.

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Quand vous bougez l’âme, quand vous construisez un violon, vous devez écouter sa musique. Vous avez une oreille. Vous avez commencé à jouer du violon petit. Est-ce que vous êtes aussi musicien ?

Musicien amateur oui. Je ne pratique pas tous les jours. Je n’ai pas le temps. Je sais jouer du violon. Je sais l’écouter. Je travaille avec les musiciens pour les réglages. Néanmoins, je ne me considère pas comme musicien. Ce n’est pas mon métier.

Vous dites travailler avec les musiciens. Qui sont vos clients ?

Les professionnels de la musique qui jouent dans des orchestres. Il y en a qui sont en freelance.

Ce sont des musiciens expérimentés, des professionnels. Aujourd’hui, est-ce que c’est compliqué pour un enfant de se mettre au violon ? Est-ce que c’est accessible ?

Je pense que oui. Après pour en faire son métier… C’est un travail très intéressant, ça apporte beaucoup de satisfactions, c’est enrichissant et tout ce qu’on veut, mais c’est difficile de vivre de la musique. Déjà, il y a l’aspect financier. Un musicien gagne normalement sa vie, il ne gagne pas beaucoup. Je ne parle pas là des grands solistes qui gagnent bien leur vie. Ce n’est pas évident d’avoir toujours du travail. Il y a un autre aspect dont on ne se rend pas toujours compte : quand nous on prend du plaisir, eux ils travaillent. Nous on mange puis on va au concert. Eux, ils travaillent pendant les fêtes, les samedis, les dimanches… Nos jours de plaisirs sont leurs jours de travail.

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Vous avez un peu voyagé. Vous venez de Pologne, vous avez vécu en Italie, maintenant vous êtes en France. Etes-vous maintenant définitivement installé à Paris, ou est-ce que vous allez repartir, ouvrir un atelier dans une autre ville ?

Ce n’est pas un projet que j’ai. Je suis bien à Paris. Au début, ce n’était peut-être pas très facile. Dans le sens où on est dans une grande ville et je ne connaissais pas grand monde. La vie y est assez rapide. Il y a beaucoup de tensions en général. Mais aujourd’hui je suis très bien dans mon petit atelier. C’est tranquille. Il est un peu en dehors de l’agitation. On ne croirait pas qu’on est en plein centre de Paris. Je n’ai pas l’intention de déménager. C’est une ville que j’aime beaucoup. Elle offre beaucoup de possibilités à tous points de vue. Des choses se passent ici, des choses inattendues.

Et si quelqu’un passe devant chez vous, il peut entrer vous dire bonjour et jeter un coup d’œil à votre atelier ?

Exactement.

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N’hésitez pas à passer dire bonjour à Jan Bartos :

60 rue du Vertbois

75003 Paris

http://www.janbartos.eu/

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