Karim Mimouni a la Grosse Patate

Temps de lecture : 6 minutes

Samedi 12 septembre. Il fait gris sur Paris. Je me rends rue Petit, dans le 19ème, pour rencontrer Karim. Il a ouvert La Grosse Patate. C’est à la fois une boutique coopérative et solidaire de quartier, et une agence d’initiatives nouvelles pour une autre économie. Derrière, il y a l’association Alinéa dont la devise est : “du petit producteur au petit consommateur ». Grâce à eux, les produits bios sont accessibles aux bourses les plus modestes. Ouverte récemment, en 2012, la Grosse Patate a reçu le trophée de l’économie sociale et solidaire de la part de la mairie de Paris. Pendant les quelques dizaines de minutes passées avec Karim, autant de personnes le saluent en passant, et tout le monde l’appelle par son prénom. Deux jeunes viennent pour faire réparer leur vélo. Ni une ni deux, Karim s’installe sur le trottoir et s’attaque à la chaîne récalcitrante clope au bec. Il me dit que le travail avec les plus jeunes est très important pour lui. Réparer les vélos des jeunes, ça permet ensuite d’organiser des sorties en dehors du quartier, pour les emmener ailleurs. Il me dit aussi que l’association n’a pas que cette boutique, qu’ils font beaucoup de choses. Un petit tour sur leur site peut vous en donner une idée : de l’initiation aux tambours, des ateliers de calligraphie, présence sur des marchés…

 

Raphael Wolff : Pouvez-vous nous présenter la Grosse Patate ?

Karim Mimouni : La Grosse Patate est une association économique et solidaire. Nous l’avons montée il y a bientôt 3 ans, avec Joël, un de mes collègues. Le but, c’est que les gens du quartier puissent avoir de la bonne bouffe pour pas cher.

Pouvez-vous nous présenter le quartier dans lequel vous avez installé la Grosse Patate ?

Nous sommes dans la rue Petit, du côté populaire du quartier. Il y a pas mal de logements sociaux qui font partis de la mairie de Paris. Il y a peut-être 600 habitants dans ce coin, à peu près.

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Pourquoi avoir choisi d’installer votre association dans ce quartier ? Est-ce parce que vous y habitez ?

Je suis moi-même habitant et salarié dans ce quartier. Je suis gardien d’immeuble pour la mairie de Paris, pour Paris Habitat pour être plus précis. Je m’investis pour les habitants de mon quartier.

Qu’est-ce qui vous a incité à ouvrir la Grosse Patate ?

Ce qui nous a motivé, c’est que nous nous sommes aperçus que les gens bouffaient mal. Ils ne peuvent pas aller dans les magasins bios et tout ce qui s’en suit, ça coûte assez cher. La population ici est une population assez modeste. Elle ne peut pas aller dans ce genre de magasins bios. On s’est donc dit pourquoi pas monter ça. Il y a aussi le projet de créer une relation sociale entre des gens modestes et moins modestes, qu’ils aient un lieu de rencontre, et puissent échanger surtout.

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Comment s’est passée votre intégration dans le quartier ?

Très bien ! Ils étaient un peu curieux au départ. Ils se demandaient ce que c’était. Quand on leur a expliqué que c’était une association économique et solidaire, qu’on va chercher nos produits nous-mêmes tous les jeudis matins auprès des petits producteurs, qu’on les revend sans intermédiaires et que ce sont des produits raisonnés, ils ont été très satisfaits. Ils ont commencé à goûter nos produits, les ont trouvé bons et voilà.  

Comment mesurez-vous l’impact de votre action ?

Je ne le mesure pas en fin de compte. Je vois juste qu’il y a de plus en plus de monde qui vient. Il y a de plus en plus d’échanges et de relations qui se font, avec les jeunes par exemple.

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Vous parlez des jeunes, que faites-vous pour eux ?

Je fais beaucoup de choses pour eux ! Je fais un atelier vélo bénévolement. On essaie de s’organiser avec l’association J2P et l’AJAM pour mettre en place des sorties en vélo. On discute avec eux. Parfois il y a des jeunes du quartier ou d’à côté qui viennent faire leur stage ici ou à l’association à côté, J2P.  

Ici, vous êtes pour une autre économie. Qu’est-ce qui vous dérange dans l’économie actuelle ?

Ce qui me dérange, c’est que tout le monde ne peut pas aller acheter des bons produits comme il veut. Il y a des trucs très bien, mais c’est souvent de la distribution par panier. Les gens n’ont pas les moyens… Vous savez, même 2 ou 3 euros, c’est beaucoup pour eux parfois. Ici, les gens peuvent acheter ce qu’ils veulent. Si ils veulent acheter une poire, ils achètent une poire. C’est libre, on n’est pas obligé d’acheter un panier. Après dans les magasins bios, on peut aussi acheter la quantité que l’on veut, mais le prix est moins abordable pour certains habitants du quartier.

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Vous avez aussi des gens qui pourraient se permettre d’aller à 200 mètres au supermarché « Bio c’Bon » mais qui viennent chez vous ?

Ils viennent chez nous parce qu’ils trouvent que la qualité des produits est bonne. Le relationnel se fait aussi ici. Nous ne sommes pas non plus une épicerie, ni un commerce. Nous sommes avant toutes choses une association, un lieu d’échange. On peut parler, se poser… On n’est pas non plus obligé d’acheter.

Quels conseils pouvez-vous donner aux gens qui souhaitent aider mais ne savent pas comment ?

Parler moins et être dans l’action. Il faut se relever les manches et agir. Moi je ne suis pas tellement langage. Je n’ai pas beaucoup été à l’école de toute façon. Je suis plus dans l’action. Je préfère ça plutôt que de parler et constater, ça tout le monde peut le faire. Par contre, on peut aller au devant. Il faut aimer les êtres humains, s’intéresser à ce qui se passe et ce qu’ils font. Ensuite vous pouvez avancer et apporter votre aide.

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Si quelqu’un veut vous aider, comment peut-il faire ?

Il vient et il fait ce qu’il veut. Voilà. Nous avons de quoi occuper tout le monde.

Un dernier message pour finir ?

N’attendez pas d’être Charlie pour réagir.

Que voulez-vous dire ?

La manifestation qu’il y a eu après les attentats, quand les gens sont descendus dans la rue, main dans la main, c’était bien, mais pour moi, il ne faut pas attendre un vrai coup dur pour réagir. La réaction doit être avant. Il ne faut pas oublier que beaucoup de gens maintenant, en France, perdent leur emploi, ont des difficultés à se nourrir, à payer leur loyer… Si on s’intéressait un peu à ça, sans attendre qu’il y ait des gros coups durs, ça serait déjà mieux. Je pense qu’il faut s’intéresser aussi aux jeunes et leur parler. Moi j’ai la chance d’avoir un travail, mais eux ce n’est pas sûr qu’ils en aient un par la suite. Ce que je veux dire, c’est qu’il faut être plus solidaire, comme on a été capable de l’être pour Charlie.

Merci.

 

Pour faire vos courses à la Grosse Patate, voici l’adresse :

22 rue Petit, 75019 Paris.

Site officiel : http://lagrossepatate.com/

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