Kyle, la passion du street

Temps de lecture : 20 minutes

Si vous êtes amateur de basket, vous vous souvenez certainement du phénomène streetball : And1 (NDLR : voici une vidéo pour ceux qui ne connaissent pas ou pour les nostalgiques : https://www.youtube.com/watch?v=v_UluQ005Mg) . Ils ont réinventé le streetball, le basket de rue, celui qui se joue l’été sur les playgrounds. Leurs mixtapes, leurs moves, leurs personnalités et leurs dunks ont fait rêvé des millions de basketteurs. C’était un vrai show comme seuls les américains savent le faire. Comme toutes les tendances qui viennent du pays de l’Oncle Sam, elle a fait des émules en France. Nombreux sont ceux à l’époque qui ont passé plus de temps à répéter les dribbles d’Hotsauce (NDLR : joueur emblématique d’And1) qu’à travailler leur shoot. Des crews se sont formés un peu partout, à Paris, à Reims, dans le sud… Le point d’orgue du phénomène a été la venue d’And1 dans notre beau pays, à Bercy en 2005, pour affronter une sélection de joueurs locaux. A la mi-temps, il y avait une compétition de freestyle. C’est un petit blanc, une “crevette”, Kyle, qui a volé la vedette aux stars pendant quelques secondes. Ça a été le début d’une période riche pour lui : tournoi, exhibition, sponsoring… Aujourd’hui, And1 existe sans vraiment exister mais Kyle n’a rien lâché, il a toujours le sourire aussi facile que le cross, prêt à conquérir les playgrounds du monde entier.

Raphael : Quand et pourquoi as-tu commencé le basket-ball ?

Kyle : J’ai commencé le basket tout simplement parce que mon grand-frère était mon exemple. Un jour mon père a mis un panier sur un arbre dans mon jardin. Le but n’était pas de s’adonner à cette discipline mais voilà, il y avait un panier. Mon frère jouait et moi je voulais battre mon frère. Je voulais absolument le battre. Enfin je voulais jouer avec lui surtout. A un moment donné, je me suis mis en tête que je devais le battre. Confrontation entre frangins, compétitions… Il a 6 ans de plus que moi, donc il m’a mis la misère pendant des années, mais j’ai jamais lâché l’affaire. Je faisais du basket pour faire comme mon frère jusqu’au jour où j’ai vu le coffret Michael Jordan collector en 3 cassettes VHS. Il y avait Come fly with me etc. Quand j’ai vu ça, j’ai vraiment développé un kiff sur le basket. J’avais vraiment envie de jouer au basket et de gagner. C’était mon but. C’est parti d’une confrontation avec mon frère, puis avec Jojo, les cassettes, j’ai commencé à avoir beaucoup plus d’envie vers le basket. Je me suis inscrit en club peut-être un an ou deux après. J’étais très petit à l’époque, j’étais un nain, j’avais moins de 10 piges. Je me suis mis en club et j’ai réalisé que j’étais une machine. Je donnais tout. Je pensais qu’à ça, le basket. Je regardais des cassettes avant d’aller à l’entraînement, avant les matches. Petit à petit je suis entré dans le milieu du basket club.

Tu enchaînes en club, comment ça se passe ? Puis ensuite, comment as-tu été amené à te faire connaître par le freestyle ?

J’ai fait quelques années en club dans le 77, dans quelques équipes. Tout de suite je me suis fait repérer. J’avais un avenir prometteur. Je visais vraiment le pro. J’avais un objectif précis, c’était de réussir. Déjà en club j’étais un gros croqueur de base, j’adorais dribbler. Allen Iverson (NDLR : ancien joueur NBA connu pour ses dribbles dévastateurs), pour moi, c’est un exemple, c’est le mec qui m’a orienté. A un moment donné, je regardais Jojo, après Iverson etc. J’étais vraiment dans mon truc. J’étais considéré comme un gros crosseur. J’ai fait pleins de stages, j’ai gagné des compétitions de un contre un, comme au CREPS du Mans. C’est l’un des meilleurs stages français. Il y avait aussi des compétitions de freestyle, mais moi j’en faisais pas trop à l’époque. Au final c’était juste une compétition de dextérité. J’ai montré que je savais dribbler entre les jambes, derrière le dos, et j’ai gagné ces compétitions. Vis-à-vis du club j’étais très bien parti, je voulais être joueur pro. Mais un jour j’ai découvert And1, Hotsauce, Sik Wit It… Toutes ces légendes du street. Quand je les ai vu en vidéo, je me suis mis à m’entraîner et à reproduire ce qu’ils faisaient. J’ai tout appris, juste avec l’oeil, en regardant les vidéos. J’étais comme un gamin qui ne sait pas ce qu’il fait, ni pourquoi il le fait, je m’en foutais, je kiffais. Ça m’a tapé le crâne. C’était en 2003.

Quel âge avais-tu ?

J’avais 13 ans. Donc je reproduisais les mouvements de Hotsauce, et à côté je continuais en club. J’étais en régional, j’allais jouer en national… Je continuais le basket club mais je commençais à avoir un gros kiff avec le milieu street, le milieu artistique, le fait que tu puisses créer des mouvements et les intégrer dans un match. Je faisais ça comme un loisir, sans but. Je n’avais pas d’objectifs. Jusqu’au jour où l’on m’a dit que And1 allait venir à Paris, qu’on pouvait s’inscrire à un tournoi de freestyle, qu’il fallait envoyer sa vidéo de une minute sur un site. J’étais déterminé. Du coup je me suis filmé. J’ai envoyé ma petite cassette du fin fond du 77, de mon patelin où je n’ai même pas de gare. J’ai envoyé un VHS ! J’ai croisé les doigts et j’ai dit au postier de faire en sorte que ça arrive. J’étais le seul à y croire.  Personne dans ma famille n’y croyait, personne, même mes amis. Je me souviens que j’étais déterminé. Finalement deux mois après je suis qualifié, la réponse était sur internet, et je me suis retrouvé à Bercy, avec toute la famille. Ils y croyaient pas… Je me suis retrouvé là-bas et finalement j’ai montré ce que je savais faire. J’ai rencontré pas mal de gens, pas mal d’artistes, SixCombo, des crew… Je savais même pas qu’il y avait des crew qui existaient. C’est là que j’ai pris contact avec certaines têtes importantes à l’époque.

shrimp photo freestyle pour raph

Avant de parler des gens avec qui tu as pris contact, comment as-tu vécu cette journée à Bercy qui a un peu changé ta vie ?

C’est simple. Je sortais de ma contrée lointaine. Je m’entraînais dans mon patelin, sur les trottoirs. Je m’entraînais dans mon coin. Quand j’ai appris que j’étais sélectionné, grosse nouvelle, gros stress. Je me suis pointé à Bercy, j’ai vu qu’il y avait des milliers de gens, et j’ai réalisé que j’allais devoir performer devant le grand public. On était 4 finalistes. J’étais le seul blanc. Je m’en souviens. J’ai pas envie de parler de couleurs mais ça existe, enfin ça existe dans ce milieu, le fait de dire « lui il est blanc donc il va rien envoyer ». On me montrait un peu du doigt comme le mec qui allait se foirer. Du coup on me clashait beaucoup. Ma mère était dans les tribunes avec mon frère, la famille… Elle a commencé à filmer et il y avait des gens autour qui disaient : « T’as vu le blanc putain ! A mon avis lui il va se rater ». J’avais beaucoup de pression, et je la sentais encore plus du fait que je sois le seul blanc. On me regardait de travers. Puis je me suis jeté. J’étais ultra-prêt, je me filmais depuis peut-être un mois et demi avant, je m’étais entraîné, du coup j’ai gagné la compétition. C’est là que j’ai fait taire tout le monde, de manière simple, sans aucune haine. C’est là aussi que j’ai rencontré pas mal de gens, que j’ai rencontré SixCombo et que j’ai eu un contrat en sponsoring avec And1 en France. C’est à partir de ce moment que j’ai rejoint un crew, USB, que tu as connu.

Pour les lecteurs : SixCombo était le leader du crew USB, United Street Ballerz, que tu rejoins. A ce moment là, tu es aussi sponso And1. Qu’est-ce qu’il se passe pour toi après Bercy ?

Après avoir gagné Bercy, je me suis écarté du club petit à petit car je voulais me mettre à fond dans le street. On me proposait pas mal de choses. Je suis parti en Allemagne rapidement, en Belgique, j’ai fait des battle, des contest à droite à gauche. J’ai refait un contest de freestyle où je n’ai pas gagné ce coup-ci mais j’ai fait impression. Petit à petit on a construit des choses avec le crew, sauf que ça c’est terminé quelques années après. Mais pendant au moins 5 ans, avec USB, j’ai pu voyager en Europe, faire des des événements. On a fait vibrer les foules. On les a fait trembler. J’étais entouré de SixCombo, Yong-C, Tidiani, Salomon, notre petit gars qui lui maintenant continue en club… Toute cette belle équipe. Pendant peut-être cinq ans on a fait vibrer la scène streetball en France. En ayant bien sûr une image un peu d’arrogant, mais voilà quoi, on la revendiquait. On a fait ce qu’on avait à faire.

Pourquoi l’aventure USB a-t-elle pris fin ?

Elle a pris fin parce qu’il y a pas mal de têtes qui avaient des choses importantes à gérer dans leur vie. Il y en a qui ont eu des gosses, d’autres qui n’avaient plus envie de jouer. Yong-C s’est mis au rap, qui a pris le dessus sur le basket, alors que c’était une pièce maîtresse. On a toujours respecté son choix mais c’était quand même une pièce maîtresse. A partir de là, quand il y en a un, deux, trois qui partent, on se rend vite compte qu’on n’a plus un crew au complet. Si deux trois membres importants quittent le groupe, c’est délicat. A l’époque on ne s’est jamais demandé ouvertement si on arrêtait ou si on continuait. On a jamais vraiment eu de réunion. Ça a continué. Il restait encore quelques têtes dans le groupe mais un jour on s’est dit que ça commençait à être chaud. Puis je me suis retrouvé tout seul. Je m’en souviendrai toujours. J’étais tout seul et toutes les vidéos que je faisais, je mettais USB. Tous mes anciens gars m’écrivaient pour me dire que j’étais le dernier soldat.

Shrimp dunk pour raph

Que se passe-t-il après USB ?

Après USB… Je me suis dit que je n’allais pas représenter USB juste comme ça, alors qu’il n’y avait plus personne. Même si c’est un crew qui a marqué les esprits je pense, enfin ce n’est même pas je pense, je le sais, je me suis dit que j’étais Kyle, que je restais Kyle et que j’allais continuer. A partir de là, j’ai continué en solo. Je suis allé en Russie, partout en Europe. Je suis allé aux Etats-Unis. J’ai pas mal voyagé. J’ai continué, j’ai continué… Je me suis retrouvé avec tout un éventail d’artistes différents, des danseurs, des freestylers foot, basket, des stars NBA… A l’heure actuelle je continue en solo, j’essaie du moins. J’essaie de me battre pour vivre de ça, c’est quand même le but. A l’époque je démarrais mes études d’après-bac, j’étais dans les langues étrangères appliquées. J’ai fait un mémoire sur le sport. J’ai fait ma troisième année en management du sport. J’ai fait un mémoire là-dessus, sur l’avenir des disciplines nouvelles comme le streetball, tout ce qui laisse place à la créativité. Finalement j’ai essayé d’expliquer par A+B que les artistes acteurs de ce mouvement, un jour ou l’autre, laissaient tomber, faute de revenus. Pourquoi tous ces gens qui font rêver les jeunes sont amenés à se ranger entre 25 et 30 balais ? J’ai eu toute une réflexion là-dessus. A cette époque là, alors c’est que je réfléchissais à tout ça, je me suis fait repérer par un mec de Los Angeles, un an avant que je termine mon mémoire. Il m’a dit : « nan mais tu n’as rien à faire à Paris, il faut absolument que tu viennes à Los Angeles, que tu viennes chez moi ». J’ai pris son contact. J’y croyais pas. On m’a fait déjà fait croire pleins de choses, on m’a promis tout un tas de délires, même And1. Bref tout ce que j’ai pu vivre : on te promet pleins de choses mais ça ne se réalise pas. Ce mec m’avait dit que j’allais venir à Los Angeles un jour. Un an après j’étais à Los Angeles. Je me suis retrouvé face à Bone Collector, Professor… des mecs qui m’ont fait rêver. C’est là que j’ai découvert vraiment le milieu basket aux States. Je débarque, je suis un mec lambda, je m’appelle Kyle et là on m’appelle la crevette. C’est parce que je ne suis pas galbé comparé aux autres joueurs. Je ne sais pas si tu as vu la vidéo où je me fais dunker dessus par un mec. Tu l’as vu ?

Oui je l’ai vu (rire).

Le premier match que je fais aux Etats-Unis, je me chie dessus. J’ai les jetons à mort et je me fais dunker sur la gueule. Dans les matches suivants j’ai montré ma technique. C’est là qu’on m’a appelé la crevette. J’ai mis des bonnes misères à des gros bras. Je me suis fait une place. Petit à petit j’ai créé beaucoup de contacts, beaucoup de liens. Le fait d’avoir connu ça, d’avoir pu jouer aux States et partager toute cette passion avec Bone Collector, Hotsauce, Professor et même des joueurs NBA, ça m’a fait prendre conscience qu’il y avait une énergie ailleurs. J’y suis retourné plusieurs fois mais malheureusement les Etats-Unis m’ont refusé la troisième fois où j’y suis allé. Ils ont eu peur de moi, je ne sais pas pourquoi, alors que j’avais une adresse et des contacts. Je me suis fait rejeter du territoire alors que j’avais tout : mon billet aller, mon billet retour, et que mon but était juste de donner le max niveau ballon, niveau basket, niveau passion, que ce soit freestyle ou basket pur, je m’en fous. Je voulais tout donner. Dernièrement je suis allé en Afrique, en Suisse, j’ai fait des événements en France, mais… Ce n’est plus au niveau de ce que j’ai pu connaître. J’ai connu le top du top là-bas donc je ne me vois pas rester ici. Il faut absolument que j’y retourne. J’aimerais être accepté dans le pays pour jouer. Je suis un gringalet qui a grandi en France, dans son patelin dans le 77, qui s’est entraîné sur des trottoirs pendant des années et aujourd’hui je ne veux plus le faire. Je n’en ai plus envie, maintenant que j’ai connu cette scène, il faut que j’y retourne.

Kyle et Bone Collector

Kyle et Bone Collector

Aujourd’hui tu es à un croisement : soi tu arrives à retourner aux Etats-Unis, soi tu n’y arrives pas…

Je peux continuer comme j’ai fait ces dernières années en France, à pratiquer cette discipline, mais comme je t’ai dit, quand tu as connu la scène suprême… Tous ces gens, ces légendes du basket de rue avec qui j’ai pu jouer et qui m’ont reconnues. Moi j’ai de la tristesse et du regret au fond de moi. Tout se passait très bien et les douaniers m’ont interdit de rentrer sur le territoire… Ici j’ai un peu de mal. Je ne me vois pas créer un événement en France.

Si tu restes en France, interdit de séjours aux Etats-Unis, tu arrêteras ?

Nan je n’arrêterai jamais. C’est juste que pendant des années je me suis entraîné, je me suis construit sans même viser quelque chose. C’était pour le plaisir. J’avais juste envie d’être bon, d’être au max. J’ai fait pleins d’événements, comme le Quai 54, j’ai joué contre Tyga l’été dernier. Je suis arrivé en train, lui dans son jet privé, il a son cachet j’imagine (rire). Ça se respecte, je le conçois, mais c’est juste qu’il y a une différence… je sais pas comment dire… L’investissement qu’on a mis là-dedans, moi et les anciens, tout ce qu’on a mis là-dedans, il y a un moment il faut que ça paie. On va pas éternellement être des gamins à se rejoindre en mode « hey ramène ton ballon… ». Il faut que ça paie un minimum. J’ai toujours amené ma touche. J’ai toujours fait ce que je devais faire, tu vois ce que je veux dire, divertir les gens.

Et par rapport aux Etats-Unis…

Je suis un étranger ! Je peux pas y vivre, j’ai quand même ma vie, j’ai pleins de choses à construire. Du point de vue de la passion par contre, il faut absolument que j’y retourne. Je n’ai eu que de bons retours. Là-bas je me suis fait escorter par la police pendant une tournée, j’ai tourné avec Wiz Khalifa, j’ai joué dans plusieurs ligues, j’ai côtoyé des légendes du streetball… Finalement je suis juste un simple français qui va aux States, peut-être la fois de trop, et je me fais rembarrer comme ça. C’est ma passion. Je pense pas forcément à l’argent. Je veux juste avoir le droit d’y retourner. Je ne vise pas les millions, mais j’aimerais avoir le droit d’y retourner.

Depuis que tu es reconnu dans le milieu du basket, du streetball, tu as pu gagner de l’argent ?

Si, j’ai touché de bonnes paies. Je suis allé en Russie, à droite à gauche en Europe, j’ai fait pas mal de pays.

Lors de ces déplacements tu étais payé ?

Ouais j’étais payé, c’était organisé, c’était encadré. Aux states c’est différent, j’étais accueilli par des gens qui m’attendaient de pied ferme pour jouer, mais il n’y avait pas de contrat.

Si demain, tu ne peux plus retourner aux Etats-Unis, c’est quoi la suite ? Tu continues en France et en Europe ?

Si je ne peux plus aller sur la scène américaine niveau basket, ça me ferait vraiment de la peine. C’est là-bas que j’ai eu les plus belles sensations, excepté le Quai 54 et Bercy en 2005, quand j’ai commencé. Sinon bien sûr j’ai des projets. Mon but serait d’initier les jeunes. Ceux qui ont envie de faire du basket pur, en club, je peux leur donner des ficelles. Je peux aussi enseigner le freestyle, enseigner les bases du basket tout en ouvrant l’esprit des jeunes, qu’ils puissent s’exprimer avec une balle. Aujourd’hui en club, il y a beaucoup de jeunes qui se sentent écartés parce que l’ambiance club ne leur convient pas. Du coup ils se considèrent comme des mecs un peu rejetés, alors qu’ils ont un gros potentiel. Moi j’aimerais bien tirer vers le haut ceux qui ont envie de s’exprimer dans le sport, dans la musique… Le freestyle c’est musical et sportif. L’objectif c’est de leur enseigner un minimum les bases pour leur permettre de créer par eux-mêmes après. C’est une évasion à travers le sport. J’ai fait un mémoire là-dessus.

shrimp vs tyga pour raph

Tu voudrais être coach ?

Ouais coach, mais pas en club, plutôt coach sportif, donner mes ficelles à ceux qui le demandent. S’ils me disent qu’ils veulent que je les aide dans le freestyle, OK. Si c’est dans le basket pur, j’enseignerai mes ficelles de contrôle de balle etc. Je voudrais être un coach individuel qui donne les ficelles. Aujourd’hui je démarche des mairies, pour initier. J’ai des preuves, des diplômes en Italie, quand j’entraînais des jeunes. J’essaie de mettre tous les papiers dans mon dossier, pour montrer aux gens que même si mon CV est fictif sportivement parlant… Parce qu’il est fictif ! J’ai beau écrire Quai 54, And1 ou machin, ça n’existe pas, ce n’est dans le champ traditionnel sportif. C’est un truc qui n’existe pas mais les gens commencent à connaître un peu. Au moins je justifie que j’ai fait des choses, et que je suis apte à ouvrir l’esprit des jeunes à travers le sport. Il y en a qui vont s’inscrire au foot. Ça va les lasser au bout de trois mois parce que le coach prend la tête, ou que l’ambiance est trop mauvaise, trop de pression. J’ai envie que les jeunes puissent avoir un ballon mais avec leurs propres règles, qu’ils s’expriment avec le ballon, en musique, ou pas. C’est les nouvelles disciplines, les disciplines de demain. On laisse place à la créativité.

C’est intéressant. Il y a quelques années, le freestyle basket et foot étaient médiatisés, mais aujourd’hui j’ai l’impression que c’est redescendu. Tu penses que ça peut revenir sur le devant de la scène ?

Oui mais on a besoin d’aide. C’est-à-dire des mairies, des médias… Le freestyle, en foot ou en basket, je pense sincèrement que ce sera une discipline répertoriée dans 10 ans, que ça va vraiment s’affirmer. Je le vois, je le sens, mais c’est nouveau. Il faut voir avec les organismes compétents pour aider à ce niveau. Il faut essayer de fouiller à droite à gauche pour mettre en place cette discipline. Comme tu dis, elle a existé un moment, puis après elle a disparu. Il y a des hauts, des bas. C’est dur. Nous on bosse pour promouvoir cette discipline, mais en même temps on subit des montées et des descentes. On a peu de soutien. Il y a des artistes qui ont marqué les esprits et qui vont se ranger par faute de moyens, de revenus, alors que les mecs étaient des pionniers. Ils ont inventé des mouvements. Ils sont connus. Finalement est-ce que cette discipline ne vit pas en étant morte ? Nous on est des survivants. Il faut s’accrocher. J’ai connu des mecs qui ont arrêté… C’était des pointures ! Maintenant ils ne sont plus dedans alors que c’était des artistes vraiment impliqués.

Un dernier message pour finir ?

Un message pour finir ? Moi c’est Kyle. J’ai grandi avec USB, avec Bercy, avec And1. Maintenant c’est The Shrimp (NDLR : la crevette en anglais) parce que quand je suis allé aux Etats-Unis j’étais pas galbé comparé aux adversaires qui étaient très costauds, donc on m’a appelé la crevette. Je suis avec toi là, Raph, un ancien qui a suivi la USB et nous a toujours respecté. Je te fais une grosse bise. Je fais une grosse bise à tous ceux qui liront cette interview, puis essayer de soutenir un peu l’art urbain, ça nous fera du bien. On n’est pas des escrocs, on a juste envie d’en vivre et de transmettre. Moi c’est Kyle The Shrimp, priez pour que je sois accepté aux states la prochaine fois.

 


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