Laurent Belando, cycliste

Temps de lecture : 11 minutes

Laurent Belando est un cycliste et un passionné.  Beaucoup de gens peuvent se dire cyclistes, mais tous n’écrivent pas un livre sur le sujet et ils n’organisent pas des courses dans des hôpitaux désaffectés. Présenté comme ça, cela donne l’impression d’entrer dans un univers à la croisée des chemins entre le Tour de France et Fast and Furious. Après les excursions dans les brasseries artisanales avec Pils Bike Tourism, je continue de découvrir cette culture. Je ne pouvais pas rencontrer Laurent ailleurs que dans une boutique de vélo. C’est donc chez Cycles Tosi (NDLR : adresse complète à la fin de l’interview), dans le 18ème, que je le retrouve.

 

Raphael : Peux-tu nous présenter La Petite Course ?

Laurent Belando : La Petite Course est un projet que j’ai fondé à l’origine avec Renald Prevost. C’est un projet de critérium urbain en vélo à pignon fixe. La plupart des gens connaissent les critérium, c’est tout simplement des courses de vélo sur des circuits fermés. La particularité de notre course c’est qu’elle se déroule en ville, et elle se fait sur pignon fixe. Ce sont des vélos fait pour la piste à la base. La particularité de ces vélos, c’est de ne pas avoir de freins. Ce sont des courses lancées à grande vitesse dans les rues sur des circuits sinueux. J’ai eu envie de faire un crit (NDLR : abréviation de critérium) l’année dernière, au jour près. C’était pendant la semaine du vélo à Berlin. Ils organisent chaque année la RAD RACE, un critérium urbain qui a la particularité d’être sur une piste de karting. J’ai vu ça, l’ambiance qui se dégageait de ces courses… J’étais déjà fan de pignon fixe, j’étais entrain d’écrire le livre, j’y allais pour prendre des photos. En voyant cette course, je me suis dit que c’était génial. A mon retour de Berlin, j’ai commencé à en parler à Renald. On a commencé à bosser sur un projet de crit dans Paris. On voulait vraiment que ça se fasse dans Paris. Renald avait déjà essayé d’en faire un à Rungis, mais il n’y avait pas grand monde, d’où le choix de Paris. Puis on veut que ça ait une certaine aura au niveau national ; voir, et on l’espère, international. On a eu un premier projet qui ne s’est pas fait. C’était un peu trop compliqué. Là, on a enfin trouvé le lieu magique : un hôpital désaffecté dans le 14ème. Il nous accueille le 4 juin.  

 

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Est-ce que n’importe qui peut participer à cette course à partir du moment où il ou elle a un pignon fixe ? Ou est-ce qu’il faut être préparé ?

Ce qui est génial avec l’état d’esprit de ces courses, c’est qu’elles sont ouvertes à tout le monde. Il n’y a pas besoin de faire partie d’une fédération ou d’être coureur professionnel. Bien sûr il faut avoir son vélo. Bien sûr il faut avoir un vélo particulier, un vélo à pignon fixe qui n’a pas de freins dessus, autrement ça pourrait être dangereux pour les autres. Il faut avoir un cintre, un guidon, qui ne soit pas dangereux, c’est-à-dire type course, qu’on ne peut pas se prendre dans le ventre si on a un accident. De ce fait, tout le monde peut participer. On a dans l’idée d’organiser des initiations pour ceux qui n’ont pas le matériel.

Pour ceux, comme moi, qui ne sont pas des cyclistes, à part regarder la course, est-ce qu’il y aura d’autres choses à faire ?

On aimerait bien qu’il y ait des tonnes de trucs. Le lieu se prête vraiment à ça. Ils ont l’habitude d’accueillir des associations pour montrer différentes choses autour de l’agriculture, autour du street art… Nous, notre objectif est de faire tout un tas d’ateliers, mais je vais garder un peu le secret, mais quoiqu’il arrive ça sera super.

 

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Tu parlais de médiatisation au niveau national et international. Pour le coup, cette culture de la course urbaine n’est pas connue du grand public. Dirais-tu que c’est une sous-culture ?

Dans ma réponse à la première question, j’ai parlé de la RAD RACE, mais je voulais aussi parler du NMC, le National Moutarde Crit, une course qui a lieu à Dijon. C’est le deuxième crit qui m’a donné envie d’en organiser un. Si je pense à ça, c’est parce que l’organisateur a publié il y a quelques jours sur Facebook la liste des crit qui vont se dérouler cette année en France. Il écrit que pour la première fois la France s’aligne sur les autres pays. C’est vrai qu’en France, il n’y avait pas beaucoup de crit. C’est pour ça que c’est arrivé aussi tard à Paris. De ce point de vue, oui c’est underground, particulièrement en France. Après, je remarque, ne serait-ce que par rapport à mon livre, que le pignon fixe de façon générale, et même la pratique du pignon fixe sur piste, est quelque chose qui reste assez marginal. En France, le vélo est le deuxième sport le plus pratiqué, et pour l’essentiel c’est du vélo de route.

 

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Tu as mentionné plusieurs fois ton livre, peux-tu nous en parler ?  

L’année dernière, en octobre, j’ai publié un livre chez Tana. Le thème c’est les vélos de ville. Il s’appelle Vélos urbains : de la roue libre au fixie. C’est un panorama des différents types de vélos qu’on va croiser en ville. Etant fan de pignons fixes, j’ai mis l’accent sur les courses, sur les critérium… tout ce qui tourne autour du pignon fixe, et ce qui en dérive comme le bike polo, les rassemblements nocturnes… C’est présenté d’une façon originale dans le sens où c’est une série de portraits d’utilisateurs avec leur vélo. Ce n’est pas forcément des vélos hors de prix. C’est vraiment un panel large. J’ai quand même fait un petit chapitre d’introduction sur l’histoire du vélo. Pourquoi depuis 10 ans le pignon fixe est de retour. C’est quelque chose qui avait disparu. Quand les anciens ont découvert la roue libre, ils ont mis le pignon fixe de côté. J’explique pourquoi il y a eu ce renouveau, pourquoi ça reste des vélos très intéressants. A la fin, il y a même un petit cahier technique pour donner envie aux gens de se remonter un vélo, comme j’ai fait moi avec celui de mon grand-père.

 

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Dans ton livre, tu t’es intéressé au retour du pignon fixe et aux différents vélos qu’on peut trouver en ville. Aujourd’hui, quand on regarde Paris, il y a de plus en plus de pistes cyclables. Il y a les vélib. Il y a de plus en plus de livreurs à vélo. Quelle va être la place du vélo dans l’urbanisme des prochaines années ?

La raison du développement du vélo dans l’urbanisme tient en une phrase : une voiture prend trop de place. Il faut avoir fait du vélo un jour à Paris pour le comprendre. C’est amené à se développer. Forcément un coursier à vélo va aller plus vite que n’importe quel autre type de transport. En plus, c’est un transport doux. Comme c’est nouveau, les gens ont quelque fois un petit peu peur de tous ces cyclistes, notamment aux passages cloutés. C’est vrai qu’il y en a qui ne respecte pas tout le temps les feux. Un vélo avant qu’il puisse faire mal à un piéton, il y a de la marge. C’est très agile. On a une très bonne visibilité sur un vélo. On a une très bonne compréhension de ce qui se passe autour de nous. A l’inverse, quand on est enfermé dans une voiture on ne voit pas grand chose. On peut renverser quelqu’un sans s’en rendre compte. En vélo, c’est difficilement possible. Toutes ces raisons font que le vélo, en ville, c’est l’avenir. En dehors des villes, il faut reconnaître qu’aujourd’hui on ne peut toujours pas se passer de voitures. Notamment à cause de ce qu’on appelle l’intermodalité, la possibilité de prendre son vélo, le monter dans un bus, prendre un train, et se balader à vélo dans une autre ville. Ce n’est pas encore tout à fait une réalité en France. A Paris, ça commence à être bien développé, mais ce n’est pas le cas partout. J’espère qu’un livre comme le mien va donner envie aux gens de prendre le vélo pour faire les 15 bornes qui les séparent de leur boulot. J’ai entendu un chiffre intéressant. Il paraît qu’à partir de l’année prochaine, il y aura plus de gens qui vont au boulot en vélo qu’en voiture à Paris. C’est assez énorme, sauf que comme ça prend beaucoup moins de place, on s’en rend moins compte.

Là on parle de La Petite Course, l’événement que tu organises avec Renald. Sur STORY NEXT DOOR, on a déjà parlé de Pils Bike Tourism. Est-ce qu’il y a d’autres initiatives à Paris ou en région parisienne ?

Je veux d’abord faire une petite rectification. Je n’organise pas la course avec Renald. On a lancé le projet avec Renald. Aujourd’hui, on est une dizaine à organiser cet événement. Tu parles de Pils Bike Tourism, ils sont dans l’équipe. Il y a d’autres gens, Julien du Paris Chill Racing, Yan du Surplace… tout ça c’est des groupes de cyclistes actifs à Paris. Il y a aussi Caro Paulette qui a un blog très connu dans l’univers du pignon fixe. Il y a Cycles Tosi qui participe. Puis c’est amené à grandir. Ce n’est pas que moi et Renald, c’est tout le monde. C’est un projet associatif et collectif.

Pour répondre à ta question, 2016 c’est vraiment l’année du vélo à Paris. En août, il y a les championnats du monde de coursier à vélo. C’est un gros événement qui va durer toute la première semaine d’août. Ça va être énorme. Il y a donc notre Petite Course qui reste quand même un petit événement. Après il y a le Paris Vélo Festival. J’espère que ça sera aussi réussi que l’année dernière. Il y a beaucoup de choses qui se passent cette année dans le monde du vélo. Aujourd’hui il y a presque une dizaine de crit programmés en France. Je ne parle que du milieu un petit peu underground du pignon fixe. Le vélo s’est toujours plutôt bien porté en France.

 

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Comment es-tu tombé dans le vélo ? Tu as mentionné le vélo de ton grand-père.

J’ai suivi un parcours atypique. Je m’y suis mis hyper tard. Comme tous les ados j’ai eu des vélos, mais je n’étais pas passionné. Je trouvais ça plouc. J’étais plutôt branché sur les sports de glisse. Je faisais du skate, du surf, du snowboard… En 2009, je me suis installé à Paris. Là j’ai très clairement compris que le vélo était beaucoup plus pratique que le reste. Je me suis mis au Vélib. Habitant Montmartre, le Vélib c’était compliqué au quotidien. Il n’y avait jamais de vélos dispo. J’ai fini par m’acheter un vélo en ligne. En une journée j’ai craqué. Je le voulais un peu joli, et par chance j’ai trouvé un vieux vélo vintage de route, ce qu’on appelle un vélo de course. Je m’intéressais au fixie, mais pas plus que ça. C’est en ayant mes premières sensations en vélo que j’ai compris que j’adorais. C’est cette arrivée tardive dans l’univers du vélo qui a fait que j’ai eu envie d’écrire un livre. Entre 2009 et 2011, j’ai tout découvert du vélo, en 2 ans. Je voulais tout savoir. J’ai fait une espèce de condensé de la culture vélo en très peu de temps. Si j’étais né dans la culture vélo, certaines choses auraient été évidentes pour moi, et je ne les aurais pas retranscrites de la même manière. C’est une force d’être arrivé sur le tard au vélo.

 

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Un dernier message pour finir ?

Venez le 4 juin, ça va être génial.  

 

Pour tout savoir sur La Petite Course, voici la page Facebook de l’événement : https://www.facebook.com/events/963272910422042/

Si vous êtes intéressé par le livre, c’est ici : http://www.velosurbains.com/

Pour vous rendre chez Cycles Tosi, voici l’adresse : 20 passage de Clichy, 75018 Paris.

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