Manon, cheffe vegan

Temps de lecture : 9 minutes

Non, Manon n’est pas à la tête d’une obscure secte. C’est une cuisinière spécialisée dans la cuisine végane. Elle a d’ailleurs eu la gentillesse de m’inviter chez elle à l’heure du déjeuner pour l’interview, l’occasion pour moi de goûter un plat vegan préparé par des mains expertes. Au-delà de l’assiette, se rendre chez elle, c’est pénétrer dans une allée constistuée d’anciens ateliers d’artistes transformés en habitations, une sorte de village caché, une bulle verte au cœur de Paris. Je ne pouvais imaginer meilleur décor pour cette rencontre. Comme la plupart de mes lecteurs, je mange de la viande, mais je vous invite à laisser vos a priori de côté le temps de cette lecture, Manon réussira peut-être à vous faire réfléchir…  

 

Raphael : Qu’est-ce que le véganisme ?

Manon : Le véganisme est un mouvement de vie qui tend à ne pas du tout utiliser de produits d’origine animale. Au niveau de l’alimentaire, ça va être la viande, les œufs, les produits laitiers, le miel… Au niveau de la vie quotidienne, c’est pas de cuir par exemple.

 

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Es-tu toi-même vegan ?

Je ne suis pas totalement vegan. Je fais de la cuisine vegan. Dans mon quotidien je ne consomme plus du tout de produit laitier, mais il m’arrive, quand je vais travailler dans des fermes, de temps en temps, d’y consommer des œufs quand je vois que les poules vivent au grand air. Je consomme aussi beaucoup de miel.

Pourquoi ce choix ? Est-ce une question de croyance ? Est-ce une question de bien-être ?

Je pense que toutes les raisons se sont un peu mélangées. A la base, j’habitais avec des amis et nous regardions énormément de documentaires. Un jour, nous avons regardé Earthlings, un documentaire américain, l’un des plus connus dans le mouvement vegan. Il parle de l’exploitation animale par l’homme. Ça a été un bouleversement. On se rend compte qu’on consomme énormément de produits issus des animaux sans se poser de questions. Il y a aussi des problématiques comme : est-ce que l’homme doit manger de la viande ? Moi je ne saurais pas répondre à cette question. Je ne pourrais pas dire oui ou non. Ce que je sais, c’est qu’un animal a le droit de vivre dans son environnement naturel. Quand l’industrie ne respecte pas cette condition, je n’ai pas envie d’y prendre part. Il y a un problème éthique. Dans la vie de tous les jours j’essaie de ne pas consommer ce qui est vendu en supermarché. D’un point de vue santé, plusieurs études montrent que l’homme n’est pas vraiment fait pour manger de la viande. Néanmoins je pense que si l’homme a mangé de la viande un jour, c’est qu’il est capable d’en manger. Par contre, je pense que nous ne sommes pas fait pour en manger autant. Personnellement, depuis que j’ai arrêté d’en manger, je ne me vois pas en remanger… mais je me dis que le jour où je voyage à travers le monde, et que j’arrive dans un endroit où je n’ai pas le choix, je ne vais pas chipoter, je mangerai de la viande. Tant que j’ai le choix, comme ici à Paris, je n’en mange pas.

 

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Comment es-tu devenue cheffe vegan ?

Quand je suis devenue dans un premier temps végétarienne, on cuisinait beaucoup avec mes coloc. On a eu cette chance de devenir végétarien tous ensemble. Du coup, on cuisinait tous ensemble. On redoublait de créativité pour trouver des trucs à préparer. Quand les gens venaient chez nous, on voulait leur montrer que c’était possible de manger hyper bien et hyper varié tout en restant végétarien. A ce moment là, j’ai vraiment développé une passion pour le monde végétal. Ça va des légumes aux fruits en passant par les plantes sauvages, les épices, les arômes… Ça m’a vraiment passionné. J’ai trouvé que la créativité dont on peut faire preuve dans la cuisine est vraiment infinie, et le monde végétal a énormément de choses à faire découvrir. J’ai commencé à cuisiner chez moi. Les gens trouvant ça bien m’ont demandé de faire des buffets pour des expos, pour des tournages… Après on m’a proposé de faire la cuisine dans des résidences artistiques… Je me faisais mon petit nom, mais je travaillais vraiment au black et pour moi. J’ai commencé à me faire un peu connaître. Quand ce restaurant, Sol Semilla, qui en plus était l’un de mes restaurants préférés, a cherché un nouveau chef, je leur ai proposé de me former, de travailler avec eux. Ça a tout de suite très bien fonctionné.

 

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Peux-tu nous présenter Sol Semilla ?

Sol Semilla est un restaurant végétalien qui cuisine avec des super aliments qui viennent d’un peu partout dans le monde. A la base, la cheffe est péruvienne, mais les aliments viennent vraiment d’un peu partout. Il y a des algues, des baies, des racines… Tout sous forme de poudre en général. Chaque aliment a ses propriétés. Sol Semilla propose une cuisine pleine de bienfaits et personnalisée en fonction du client. On va avoir le nopal qui est très bon pour les intestins. On va avoir l’açaï qui est une petite baie antioxydante. On va avoir le maca, une racine qui régule les hormones. C’est un peu une cuisine médicinale, et c’est exactement ce que j’ai envie de faire. Pour moi, c’est un bon premier pied dans la cuisine.

 

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Aujourd’hui, il y a une vraie tendance « healthy », le sans-gluten, manger vegan, faire attention à son corps, aller courir… Le yoga redevient à la mode… Tout cela rentre dans une même tendance. Pour toi, est-ce que tout cela n’est qu’un effet de mode qui passera ? Ou est-ce que c’est quelque chose qui va rester, qui va peut-être même se démocratiser ?

Je crois qu’il y a un peu des deux. L’être humain s’est alarmé des problèmes de pollution. Ça va être la pollution de la terre mais aussi de notre corps. Les deux vont ensembles. Par exemple, l’industrie de la viande est l’une des plus polluantes. La surconsommation de viande est très polluante pour le corps aussi. Tout ça entre dans une démarche de dépollution de notre environnement et de notre corps. Après, comme tout, c’est utilisé comme un phénomène de mode. Moi je ne suis pas contre l’utilisation en mode un peu hype. C’est intéressant que les gens apprennent à prendre soin d’eux. Le premier pas pour bien vivre ensemble et dans son environnement, c’est de prendre soin de soi. Ainsi, on est beaucoup plus capable de prendre soin des autres et du monde qui nous entoure. Mais effectivement, c’est très utilisé et il y a beaucoup de produits dérivés. Pourtant c’est très simple d’être sain.

 

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Tu me dis que c’est très simple d’être sain, de manger sain. Sur STORY NEXT DOOR, j’ai déjà interviewé une personne travaillant dans une boutique coopérative et solidaire (La Grosse Patate). Leur constat de départ était que soit tu vas dans les supermarchés type Franprix, Auchan, Monoprix… et tu as accès à de la malbouffe à bas prix. Si tu veux de la bonne bouffe ou de la bouffe bio, il y a des magasins spécialisés mais, généralement, c’est autrement plus cher. Etre vegan ou végétalien, est-ce que c’est accessible financièrement ? Ou est-ce un luxe ?

Le budget pour l’alimentaire devrait être plus élevé qu’il ne l’est aujourd’hui. L’alimentation, c’est la première médecine. Prendre soin de son alimentation, c’est se garantir qu’à long terme on ne va pas finir par dépenser des milliers pour se soigner. C’est un vrai investissement de bien manger. Après, je pense qu’on est dans une société où l’on mange beaucoup beaucoup trop. Manger bio n’est pas cher quand tu manges en quantité normale. Manger des énormes repas matin, midi et soir, je trouve que c’est excessif et beaucoup trop en demander à son corps. Si chacun mangeait un peu moins et en écoutant ses sensations de faim, on n’aurait pas autant besoin d’acheter.

 

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Justement tu parles de manger moins, mais il y a toute une catégorie de gens, surtout en France, qui aime manger, bien manger, qui aime la gastronomie… Généralement, ce sont des gens qui mangent de la viande. On entend souvent dire que la cuisine vegan ou végétarienne à moins de goût que la cuisine avec viande. Toi en tant que cheffe, qui nous parlait de créativité, que réponds-tu à ça ?

Je pense que c’est faux. Il y a une cuisine avec de la viande qui est insipide, et une cuisine végétale qui est tout aussi insipide. Dans les deux cas, il y a moyen de faire de la très très bonne cuisine. Les gens qui disent ça font un peu des généralités dans le sens où il est possible de manger de la mauvaise cuisine végétarienne, c’est sûr, mais comme il est possible de manger de la viande de mauvaise qualité. Ça dépend beaucoup du cuisinier, de l’assaisonnement et de l’amour mis dans la cuisine. C’est possible de très bien manger végétarien. Moi je me régale tous les jours. Cependant je comprends qu’on aime la bonne bouffe, mais la bonne bouffe tous les jours, c’est excessif. Pourquoi pas bien manger végétal la plupart du temps, et de temps en temps se permettre un gros plaisir bonne bouffe ? Je ne suis pas du tout contre cette idée, mais je pense que manger beaucoup et manger de la viande à tous les repas, c’est un mode de vie qui devient obsolète au niveau de notre santé et de la santé du monde. Les gens devraient peut-être revoir un peu leur manière de s’alimenter.

 

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Un dernier message pour finir ?    

Oui ! Je participe aussi à l’organisation du premier festival de musique vegan en France. Il faut savoir qu’en Europe, il y a beaucoup de festivals axés vegan. Il y a de la musique, et en même temps on peut découvrir de la cuisine vegan hyper variée et hyper cool. Ça n’existe pas à Paris et en France pour le moment… donc nous, en septembre, à La Villette, on organise un festival, le Festival Smmmile. Ça sera l’occasion de découvrir une scène musicale indépendante et engagée, et de la super bonne bouffe, vegan bien sûr.

Merci.

 

Les informations sur Sol Semilla : http://www.sol-semilla.fr/

Adresse : 23 rue des vinaigriers 75010 Paris

Les infos sur le festival : http://www.smmmilefestival.com/

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