Marc Gallay, pasteur

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Marc Gallay n’est pas juste un pasteur. Il est le pasteur du Gospel Center Lausanne. A la lecture du mot Gospel, plusieurs références culturelles viennent à l’esprit. Il y a ces images de pasteurs afro-américains, les chants, la chorale… la scène dans l’église dans Les Blues Brothers, avec James Brown. Cependant Marc Gallay n’est pas afro-américain, et il ne prêche pas dans une église située au cœur de Harlem ou perdue au fin fond de la Caroline du Sud. Les célébrations du Gospel Center Lausanne ne se passent d’ailleurs pas dans une église mais dans une boîte de nuit du centre ville, en début de soirée, le dimanche.  Avant même de lire l’interview, chacun aura certainement son idée sur la question, croyants comme non-croyants, mais cette initiative a le mérite d’être originale. 

 

Raphaël : Pouvez-vous vous présenter ? Comment êtes-vous devenu pasteur ? Quel a été votre parcours ?

Marc Gallay : Je suis de Borex, un petit village au pied du Jura, près de Nyon. Je viens d’une famille d’horticulteurs. Je devais reprendre l’entreprise familiale, mais je me suis réorienté vers quelque chose de plus sociale. Je l’ai laissée à mes frères. A 26 ans, j’ai commencé des études de théologie. L’objectif était de me former pour travailler dans les ONG, dans l’aide humanitaire et le développement outre-mer. Lors d’un stage dans une église, je me suis découvert bien plus pasteur que technicien. Je me suis accroché à cela. Néanmoins, avec ma famille, nous avons quand même vécu 3 ans au Cambodge, il y a 20 ans, pour aider à la reconstruction du pays après la guerre. Nous sommes ensuite rentrés, et je suis pasteur ici à Lausanne depuis 16 ans.

Vous officiez au sein du Gospel Center Lausanne. Qu’est-ce que c’est ?

Le Gospel Center Lausanne fait partie d’une fédération, la Fédération Romande des Eglises Évangéliques. C’est la plus grande fédération en Suisse romande d’églises protestantes non affiliées à l’état. Nous sommes plus d’une cinquantaine d’églises à être nées de ce qu’on appelle « Le réveil de Genève », en 1815 et des poussières. Il y a tout un mouvement populaire qui est revenu à une certaine fondamentalité de la foi protestante. 

Là-dedans, le Gospel Center est un projet qui a pour but de rejoindre les jeunes là où ils sont, en nous adaptant à leur culture. Nous nous adressons surtout à des jeunes qui ne sont jamais allés à l’église, qui n’ont jamais été catéchisés et qui n’ont aucune culture chrétienne.

 

Chili
Chili

 

Mais qui sont quand mêmes nés chrétiens ou pas forcément ?

L’objectif est de toucher ceux qui ne sont pas nés chrétiens, mais qui sont en quête de spiritualité. Ils se posent des questions existentielles. Ils sont en recherche de Dieu, mais ils ne connaissent pas le langage d’initiés des églises institutionnelles.

Dans Gospel Center Lausanne, il y a le mot gospel. En l’entendant, on pense aux églises afro-américaines, et aussi à la musique liée à cette culture. Pourquoi le choix de ce mot dans votre appellation ?

Le mot gospel veut dire évangile, qui veut dire en grec bonne nouvelle, la bonne nouvelle de Jésus Christ qui est venu marcher sur nos chemins pour qu’ils ne restent pas sans lumières. Il est venu nous réconcilier avec Dieu. Ça vient de là : bonne nouvelle, évangile, gospel. On a choisi le mot gospel plutôt que évangile parce que la jeunesse, de 18 à 40 ans, aime bien les appellations anglaises. Ça sonne mieux Gospel Center que Centre de l’évangile.

 

Chili 2
Chili

 

Vous organisez ce que vous appelez des célébrations. Pendant ces célébrations, il y a une scène avec de la guitare électrique, de la batterie. Vous jouez de la musique, et qui plus est dans une boîte de nuit.  Comment se passe une célébration du Gospel Center Lausanne ?  

Effectivement, nous appelons cela une célébration plutôt qu’un culte, bien que ce soit une forme de culte. Nous préférons le terme célébration parce que le mot culte est trop christianisé, trop religieux. Nous avons remarqué que les jeunes aimaient beaucoup la musique. Ils aiment beaucoup ce qui est moderne, multimédia, dynamique et dans une bonne ambiance. Nous avons donc construit un culte, une célébration, répondant à ces critères dans un lieu propice à la musique. Lors de nos célébrations, il y a du show, des jeux de lumières, de la fumée…

Dans un premier temps, il y a 40 minutes de concert, plutôt rock. Après, il y a une brève présentation de qui nous sommes, parfois des interviews, des histoires de vie, puis des annonces présentées sous forme de clips. A la fin il y a une prédication, dans le langage chrétien, ou une homélie, dans le langage catholique. Nous, nous disons simplement un talk. C’est une réflexion qui se doit d’être pratique pour qu’elle soit utile dès le lundi matin, 8 heure. Cette réflexion doit être positive, parce qu’il y a déjà tellement de choses négatives dans la société. Enfin, il faut qu’elle soit puissante, car on croit que l’évangile est une puissance de transformation.

Combien de personnes rassemblez-vous ? 

C’est un concept qui attire beaucoup de jeunes. Nous avons toujours attiré entre 200 et 300 personnes par célébration. Actuellement, nous avons un nouveau concept et on atteint les 200. Dans ces 200, il y a la moitié dont c’est leur communauté, c’est leur église si on peut dire. L’autre moitié, ce sont des visiteurs. Il y a des gens des autres communautés et paroisses de la ville. Il s’intéressent à ce que nous vivons. Il y a aussi des gens en recherche de spiritualité. Ces derniers, avec nous, comprennent le message de l’évangile parce que nous utilisons un langage vulgarisé.  

 

Cuba
Cuba

 

Je reviens à la boîte de nuit. Vos célébrations ont lieu entre 18h et 20H le dimanche, puis peu de temps après ça redevient un lieu de fête. Autrement dit, ça redevient un lieu qui n’a pas forcément les mêmes valeurs que vous. Il est compliqué de dire qu’une boîte de nuit est un lieu sacré, contrairement à une église. Comment réagissez-vous à cette remarque ?

Dans le christianisme, il y a deux écoles si on peut dire. Il y a l’école qui vit le culte dans des lieux sacrés. On ne fait pas n’importe quoi dedans. Il y a un respect de la spiritualité et des valeurs chrétiennes dans ces lieux, dans les églises et les temples par exemple. C’est aussi vrai dans les églises évangéliques.

Il y a une autre école, dont nous faisons partie, mais qui ne se positionne pas contre la première école. C’est juste une autre manière de vivre les choses. Nous faisons partie de ceux qui croient que la terre appartient à Dieu. Il a créé chaque mètre carré de la terre, donc c’est à Lui. Selon l’apôtre Paul, Dieu n’habite pas dans des lieux mais dans nos cœurs. En conséquence, les lieux à rendre sacrés, à rendre saints, ce sont nos vies intérieures. C’est une première chose.

La seconde chose qui nous intéresse est d’être là où les gens sont, parce que Dieu a d’abord à cœur les personnes. Le D! Club est un lieu où les gens sont. Notre première initiative n’était pas obligatoirement d’être dans une boîte de nuit. Notre objectif était d’être au Flon, le cœur de la vie nocturne de Lausanne et de la Suisse romande. Notre objectif était de rapprocher l’église de cette vie nocturne. Certes, elle ne partage pas les valeurs du christianisme, mais c’est là qu’est la foule. La porte qui s’est ouverte est celle du D! Club, une boîte de nuit, mais qui est aussi un lieu de musique, un lieu de concert. Cependant, il se passe beaucoup de choses dans ce lieu qui sont à l’opposé de nos valeurs, c’est vrai.

 

Italie
Italie

 

Pouvons-nous dire que cette initiative est une réaction à un désintéressement des jeunes vis-à-vis de la religion ?   

L’initiative a plutôt pour objectif de rendre accessible le message de l’évangile. Les jeunes sont intéressés par les questions de Dieu. Il y a peu de jeunes qui soient vraiment agnostiques ou athées. Par contre, le message de l’évangile, comme il est dit dans les églises plus traditionnelles, est un message qui est devenu incompréhensible pour les jeunes. Je prends l’exemple de quelqu’un qui est venu à la fin d’une célébration vers l’un des fondateurs du Gospel Center. Il lui a dit : « je comprends qu’on peut louer une voiture, mais comment fais-tu pour louer Dieu ? ». Ce quelqu’un ne comprenait pas le mot louer, adorer, en terme chrétien, religieux. Nous sommes face à une jeunesse qui n’a plus le vocabulaire pour comprendre le message de l’évangile tel qu’il est dit. Notre objectif, à côté des autres églises, c’est plutôt de nous adresser à ces jeunes, et de leur donner les moyens de comprendre ce qui est dit. Nous leur reformulons le message biblique dans des mots simples.

D’ailleurs, Jésus l’a fait avec les paraboles. Il racontait des histoires parce que la plupart des gens en Palestine n’étaient pas éduqués pour comprendre les lois de la thora et la loi mosaïque. Ils étaient analphabètes. Ils n’avaient pas accès à tout cela. C’est pourquoi Jésus leur a parlé avec des histoires, avec des paraboles. Aujourd’hui, nous faisons un peu la même chose. Nous allons où sont les gens, comme Jésus allaient vers la population de la Palestine, et on dit Dieu avec des histoires compréhensibles pour nos contemporains qui n’ont jamais été à l’église.  

La place de la religion dans la société évolue. De nos jours, on en parle souvent pour les mauvaises raisons. Elle est souvent associée à des choses très négatives. Pour vous, quelle sera la place de la religion dans notre société, dans le futur ?

Depuis la révolution française, la religion a été réduite à la sphère privée. Les politiciens gèrent la sphère publique. Il est vrai aussi que dans notre société, on vient de l’humanisme, on a tué Dieu. C’est l’homme qui est Dieu maintenant. Néanmoins, nous sommes aussi dans une société en recherche de sens. Pour moi, trouver le sens de sa vie, c’est retourner à ses racines judéo-chrétiennes, retourner vers le créateur, retourner vers le père. Dans notre société, beaucoup de gens , sans le savoir, sont en recherche de Dieu, sont en recherche de sens. Ils cherchent à savoir pourquoi ils vivent et dans quel but. Je crois que le message de l’évangile a les réponses. Peu importe qu’il soit donné par l’église protestante, catholique, orthodoxe ou évangélique. Je crois que le message de la bible nous réconcilie avec Dieu. C’est ce que la société a besoin d’entendre.

Je n’aime pas le terme religion. La religion c’est l’homme qui va chercher Dieu. J’aimerais plutôt parler de la foi. La foi c’est Jésus qui est venu marcher sur nos chemins. Il est venu à notre niveau, on n’a pas eu besoin de monter le chercher. Je préfère parler de la foi, de la confiance en notre Dieu créateur, plutôt que de parler de la religion qui est pour moi un système humain. La foi est un cadeau que Dieu nous donne.

 

Montagne Zermatt
Suisse

 

Un dernier message pour finir ?

Je pense que ce qu’on fait au D! Club, ce n’est par réduire les valeurs chrétiennes. Certains le disent, parce que c’est un lieu où il se passe des choses avec lesquelles je suis personnellement aussi en désaccord. Cependant, l’objectif est d’amener le message chrétien là où sont les gens. C’est un décloisonnement de l’église. C’est réfléchir en tant qu’église, en tant que chrétien, à comment rendre accessible la foi chrétienne à la population. Notre spécificité, c’est de nous adresser aux gens qui aiment la musique et la fête. Nous pourrions réfléchir à la même chose pour nous adresser aux gens qui sont dans le sport, à l’université… Comment communiquer la bonne nouvelle de l’évangile, que Dieu nous pardonne et se réconcilie avec nous, à nos contemporains ?

Merci.

 

Site officiel du Gospel Center Lausannehttp://gc-lausanne.org/

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