Mohamadou Niakaté, le carpiste noir

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Le canal de l’Ourcq a toujours été l’un des points de repère de mon 19ème. J’ai connu l’époque où seulement l’une des deux rives était dotée d’un cinéma, où les gens “à la cool” n’osaient pas se poser sur les bords du canal au-delà des limites du 10ème arrondissement, où le Belluchi n’avait pas encore ouvert, où l’idée d’une plage aurait bien fait rire… Depuis, beaucoup de choses ont changé. Cependant, il y a deux choses qui n’ont pas changé.  La première, c’est une règle : il ne faut pas sauter dans l’eau, même pas y tremper un orteil. Si jamais vous osez, qui sait comment vous ressortirez… avec des écailles et un troisième oeil ! La deuxième chose, c’est la présence des pêcheurs. Je ne sais pas ce qu’ils pêchent, mais ils sont toujours là.

En une chaude après-midi estivale, j’ai rencontré Mohamadou Niakaté, que vous pouvez également appeler Le Carpiste Noir ou The Black Fisherman, comme il se présente lui-même.  Il prépare son matériel, sa canne à pêche, place le hameçon, les vers… Puis il attend, mais il n’est pas tout le temps seul. Au contraire, il pêche dans le canal de l’Ourcq depuis tellement longtemps que tout le quartier le connaît. Rencontre avec un mythe.

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Raphael : Peux-tu te présenter ?

Mohamadou Niakaté : Je m’appelle Mohamadou. Je pêche au canal, C’est dur mais c’est comme moi, je suis dur dans ma tête. J’aime bien relever ce défi de pêcher au canal.

Ça fait longtemps que vous pêchez dans le canal ?

Ça fait 21 ans.

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Vous avez dû voir le quartier évoluer ?

Oui, j’ai vu le poisson évoluer aussi, son comportement. Ce n’est pas vrai quand on dit que lorsqu’il pleut ça va mordre. Après toute la pluie que je me suis pris dans la gueule, j’ai pas fait grand chose en poisson. Le poisson ne mord que quand il le veut vraiment. Après, la pluie, le beau temps… ça ne change pas grand chose dans l’eau. Si le poisson a faim, il va manger. Il est comme nous.

Vous pêchez beaucoup de poissons ?

Tous les types de poisson qu’il y a dans le canal, je les ai sortis. Les petits, les gardons… Là je pêche le silure ou l’anguille. Je pêche avec des vers de terre. Je pêche à fond parce que c’est des poissons de fond, très durs à prendre, mais il y a pas mal de poissons ici, de la carpe, le silure, l’anguille, le brochet, le sandre, après il y a le carassin, la perche, le goujon, l’ablette… Il y a tous les poissons d’eau douce réunis dans le même bassin. C’est un challenge pour moi, chaque année, de revenir pêcher ici. Tous les pêcheurs me connaissent, j’ai pêché avec chacun d’eux. Je ne fais pas ça pour être connu, mais quand même j’ai attrapé des beaux poissons un peu partout. L’année dernière j’ai fait presque 300 kilos de poissons. Ici, canal de l’Ourcq, j’ai fait 150 kilos de poissons dans l’année. J’ai mis toutes les photos sur ma clef USB, elle est chargée. L’année dernière, c’est simple, j’ai dû toucher 250 poissons. J’ai commencé la pêche en février, j’ai fini fin décembre avec un poisson de 1m80 pour 47 kilos. C’était petit au poids, mais gros combat pour sortir un silure comme ça au Bois de Vincennes. Maintenant je suis le recordman du lac. Ça a fait le buzz l’année dernière. J’ai le plus gros silure et la plus grosse carpe de l’année. C’est les records du plan d’eau. J’ai tout mis sur Facebook, comme ça si certains veulent aller voir, ils vont voir que ce n’est pas de la rigolade. (NDLR : voici une vidéo de ses exploits aux Buttes-Chaumont : vidéo).

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C’est quoi votre Facebook ?

Mon Facebook, c’est : le carpiste noir parisien. Pourquoi ce surnom ? C’est simple, je suis un carpiste à la base, j’ai toujours pêché la carpe avant les silures et tout ça. Quand je pêche au canal, je ne pêche qu’aux vers de terre ou à la crevette pour l’anguille ou le silure. Sinon, ça fait des années que je n’ai plus pêché la carpe au canal parce qu’elle ne mord plus. Elle est de passage. C’est des poissons qui une fois piqués vont ailleurs, ils ne restent pas. On peut dire qu’avec la carpe, c’est de la pêche au petit bonheur la chance.

J’ai l’impression qu’il y a de plus en plus de gens qui viennent pêcher sur le canal ?

Nan, il y en a de moins en moins, parce que ça ne mord plus comme avant. Il y a encore 5, 6 ans, nous étions une trentaine, une quarantaine de pêcheurs ici. Puis j’ai vu tous les pêcheurs partir ailleurs ou déménager. Il y en a plein qui ne sont pas revenus ici car ils voyaient que le poisson du canal était dur. Des fois on a pêché une semaine, dix jours, avec la tente, ici, on a vraiment fait « Koh-Lanta pêche », mais on n’a pas eu de résultats. Le poisson, c’est vraiment que quand il veut, et il y a eu trop de déceptions. Il y a beaucoup d’argent claqué dans le matériel aussi, mais pas beaucoup de poissons attrapés…

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Vous, qu’est-ce que vous apporte la pêche ?

Moi, la pêche m’apporte le calme et la patience. Le poisson et moi, on ne fait qu’un. Je vais vous dire pourquoi je pêche en vrai, c’est tout con. Pêcheur un jour, pêcheur toujours. Je vais vous dire pourquoi je pêche. Entre le poisson et moi, il y a quelque chose de magique. J’arrive toujours à sortir quelque chose, même quand ça ne mord pas. J’ai l’impression de communiquer avec le poisson dans ma tête. Même si je vous parle à vous, on fait l’interview, mais dans ma tête je pense au poisson. Et je sais que je vais attraper un poisson aujourd’hui. Je vais vous faire plaisir, dites-moi ce que vous voulez, je vais le sortir. Comme ça vous allez voir un beau poisson aujourd’hui. Sinon pourquoi je pêche ? Ça me permet de penser à autre chose. Ça me calme, parce qu’il faut savoir qu’avant j’étais quelqu’un de très énervé. Je m’énervais pour un oui, pour un non. Puis les pêcheurs ne veulent plus pêcher avec moi ! Pourquoi ? Parce qu’à chaque fois, je sors du poisson quand je suis avec eux, mais eux, ils ne font rien !

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Un dernier message pour finir ?

Vive la pêche en eau douce ! Pour tous les parisiens, pour toutes les parisiennes, c’est un truc à faire. S’ils ont la patience, un peu de baume au cœur, n’importe qui peut s’y essayer. Ensuite, il faut aussi du mental, un gros mental. Il en faut pour pouvoir attendre dix heures, et parfois plus, la canne dans l’eau, sans touche… mais quand ça part, le moulinet il tourne ! Et ça fait plaisir de voir le moulinet tourner. N’hésitez pas à me retrouver sur Facebook et sur Youtube, le carpiste noir parisien, le black fisherman… Vous allez voir ce que c’est du poisson, du beau poisson. Les gens vont être étonnés. Ce n’est pas de la flûte ce que je raconte. Vous allez sur Facebook, vous allez voir. Je suis même passé dans Le Monde. Ils m’ont interviewé parce qu’aux Buttes-Chaumont, l’année dernière, j’ai sorti tous les types de poisson du plan d’eau, toutes les carpes.

Merci.

 

Retrouvez le carpiste noir parisien sur Facebook : https://www.facebook.com/mohamadou.niakate.9?fref=ts

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