Muriel Py Daguet, hypno-praticienne

Temps de lecture : 13 minutes

Dans notre société moderne où règne la dictature du bien-être et du bonheur, chacun cherche à résoudre, à éviter ou à cacher ses problèmes. A quelques encablures de 2016, le désir de s’améliorer, d’être une meilleure version de son « moi » actuelle, se fait plus présent, plus pressant. Ce désir se matérialise à travers les bonnes résolutions : faire plus de sport, arrêtez de fumer, commencer une nouvelle activité, faire plus d’expositions…  Tout le monde sait cela, ce sont des banalités lues, relues et entendues au comptoir. Voilà pourquoi j’ai voulu rencontrer une personne dont le métier est d’aider les gens à résoudre leurs problèmes.

Muriel Py Daguet est hypno-praticienne. Elle pratique la thérapie brève, un courant de la psychothérapie moderne inspiré par Milton Erickson, à qui on doit l’hypnose Ericksonienne, qu’elle utilise. Muriel Py Daguet pratique également la sophro-analyse, l’EMDR (NDLR : Eye Movement Desensitization and Reprocessing), qui est, d’après Wikipédia, efficace pour traiter le syndrome de stress post-traumatique. Elle pratique aussi l’EFT (NDLR : Emotional Freedom Technique) qui a pour but, toujours d’après Wikipédia, d’alléger les souffrances émotionnelles et psychologiques des personnes. A côté de ça, elle est énergéticienne. Si vous souhaitez en savoir davantage, j’ai mis tous les liens Wikipédia à la fin de l’interview. Au-delà de son travail, ce qui m’intéresse, c’est ce qu’elle a à dire. D’ailleurs, cette interview aurait pû durer des heures, et je remercie Muriel Py Daguet d’avoir su faire court tout en restant claire.

 

Raphael : Pourquoi vous-êtes vous orientée vers les soins énergétiques au début de votre carrière ?

Muriel Py Daguet : Depuis que je suis enfant j’ai une sensibilité au touché et à la présence de l’autre. J’ai des ressentis. Il n’y a rien de magique là dedans. Il y a des gens qui ont des facilités à lire, à voir, à chanter… Moi, j’ai des facilités à ressentir le corps, l’émotion, l’énergie de l’autre.

C’est quoi ces soins énergétiques ? En quoi ça consiste ?

Moi, je fais de la thérapie énergétique, j’appelle ça : thérapie brève énergétique. Dedans, il y a de l’hypnose, de l’EMDR…

EMDR ?

L’EMDR consiste à activer les deux hémisphères cérébraux. Le principe est simple : toute la journée vous vivez des choses, des émotions… Des fois, on ne s’en aperçoit même pas. L’image que j’en ai, c’est des wagons qui arrivent, puis nos deux hémisphères cérébraux, droit et gauche, reçoivent les infos et les émotions… On décharge les wagons et on trie. Tout ça va être rangé et archivé. Ça va devenir des expériences, des souvenirs, puis ce qui n’est pas « top » est évacué. Seulement voilà, il arrive qu’il y ait des wagons qui ne soient pas triés. C’est ce qu’on appelle les traumas. Il y a des traumas très visibles, comme suite à un accident ou une agression.

Après il y a des micro-traumas, c’est-à-dire des expériences vécues pendant l’enfance, et qui vont être répétitifs tout au long de notre vie. Ça peut être une phrase comme « Tais-toi, tu nous fatigues ». Cette phrase répétée sur le long terme, ça crée des micro-traumas. Ils vont s’installer et seront toujours présents. Puis il y a un autre type de trauma : les non-dits. Dans la cellule familiale, il y a des choses, comme par exemple le tonton en prison pour braquage de banque, dont on ne parle pas, c’est la honte de la famille. Pourtant ça reste quelque chose qui se balade. Ça crée des micro-traumas.

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Sigmund Freud

Vous, quel est votre rôle ?

Moi je fais de l’EMDR, HTSMA (NLDR : HTSMA – Hypnose Thérapeutique Stratégique Mouvements Alternatifs), c’est à dire que j’associe l’hypnose.

Vous incluez l’hypnose dans la thérapie ?

En fait, on va, par des touchés sur le corps, activer les deux zones cérébrales pour qu’elles se remettent à trier les wagons. En gros, notre but, c’est de remettre du mouvement. On pourrait dire que la vie c’est du mouvement. Quand ça se fige à l’intérieur de vous, que ce soit émotionnel, énergétique ou physique, la vie ne circulant plus, ça conduit à une forme de mort. Evidemment, ce n’est pas forcément une mort physique, mais ça crée du mal-être.

C’est donc des énergies négatives ? A moins que vous ne parliez pas en terme d’énergies négatives et positives ?

Tout est énergie ! Le mot énergie est vaste. On est entrain de parler, c’est de l’énergie. On mange, c’est de l’énergie. Les émotions, c’est de l’énergie. On respire, c’est de l’énergie. Tout est énergie. Après, c’est une question de densité. On pourrait faire une comparaison avec l’air. L’air, vous ne le voyez pas, et pourtant ça existe. Faisons une autre comparaison : l’eau. Quand elle est chauffée, elle devient de la vapeur, mais c’est toujours de l’eau. Ça reste de l’énergie, mais plus légère, plus subtile. Quand elle est liquide, elle se voit, elle coule, elle circule, mais c’est toujours de l’énergie, juste un petit peu plus lourde. Maintenant, vous mettez votre eau au congélateur, ça va devenir un bloc de glace. C’est toujours de l’eau, donc de l’énergie, mais à un niveau différent.

Parlons de l’hypnose. C’est à la mode aujourd’hui, surtout pour arrêter de fumer ou pour perdre du poids. Personnellement, ça me fait un peu peur. La volonté, une méthode pharmaceutique, ou même une méthode de grand-mère, je peux le rationaliser. Par contre avec l’hypnose, j’ai cette sensation que c’est un peu surnaturel, il y aussi la crainte d’une manipulation de l’esprit.

Tout d’abord, on ne manipule pas les gens avec l’hypnose. Ensuite, il faut savoir que l’hypnose existe depuis la nuit des temps. L’hypnose, c’est comme une transe. On peut parler des transes chamaniques, mais plus simplement, moi qui vit en Bretagne, je peux vous garantir que si vous allez à un Fest-noz (NDLR : bal breton), quand les gens dansent, ils sont en état d’hypnose. D’ailleurs, toutes les danses mettent les gens en transe. Ça n’a rien de magique. C’est quelque chose de naturelle à l’homme. Quand vous êtes amoureux, vous vous mettez en transe. Là, nous discutons tous les deux, tout ce qu’il y a autour disparaît. C’est une forme de transe. Bien sûr, nous pouvons aller plus loin dans la transe. Elle peut être plus ou moins profonde. Encore une fois, la transe fait partie de l’humanité. Ainsi les égyptiens, puisque je fais des soins en médecine égyptienne, utilisaient l’hypnose. On peut faire de l’hypnose conversationnelle. Une infirmière qui fait une prise de sang à l’hôpital, qui va dire : « Madame, serrez bien le poing, ça va pas faire mal, je vais vous piquer. », les gens ont peur. Si elle dit : « Fermez le poing », puis commence et ensuite dit : « Alors vous avez des enfants ? Quel âge ont-ils ? Ils font quoi dans la vie ? », d’un coup le patient va partir sur ce sujet, son esprit s’en va, il n’est plus du tout dans la piqûre, et il ne sent rien du tout. Encore une fois, il n’y a rien de magique, et certainement pas de manipulation.

Messmer

Messmer

Ce qu’on voit à la télé, ça a le don de me taper sur les nerfs. C’est le type là, Messmer. Il voit les gens avant. Il les a pendant 8 jours, et je peux vous garantir – parce que je fais de l’hypnose thérapeutique, pas du spectacle – que si pendant 8 jours, vous êtes en transe, vous sortez de transe, vous y retournez, vous en sortez… en réalité, vous ne sortez pas de transe. C’est-à-dire qu’à tout moment, vous pouvez y retourner. Messmer induit chez les gens, avec leur accord, d’avoir un certain comportement. Maintenant, quand vous avez bu un coup, vous êtes un peu joyeux, vous vous désinhibez. Il y a des trucs que vous allez faire, mais qu’en temps normal vous ne feriez pas. Quand on voit des nanas qui se mettent à se déshabiller sous l’effet de l’alcool, ça veut dire qu’elles étaient prêtes à le faire. Par contre, moi j’ai l’expérience d’une de mes filles, qui est encore étudiante. Elle n’est vraiment pas le genre à faire ce genre de choses, et même quand elle a bu, qu’elle se lâche, elle ne les fera pas. Ça veut dire que même sous hypnose elle ne les ferait pas non plus. Vous ne pouvez pas obliger quelqu’un à faire quelque chose que sa conscience profonde désapprouve.

Est-ce que vous faites ressortir des traumas à travers l’hypnose ?

On ne fait pas ressortir de traumas, jamais. Quand vous travaillez en sophro-analyse, comme moi, les gens viennent car ils ont un problème, ils peuvent avoir été victimes d’une agression sexuelle par exemple. On va travailler là-dessus. On y va tout doucement. En hypnose et en EMDR, ce n’est pas du tout ça. La personne vient avec un trauma, on va plutôt aller activer par un touché les sphères du cerveau pour enclencher un mouvement. C’est plutôt une autoguérison. En réalité, votre inconscient à toutes les capacités pour vous guérir. Mon boulot c’est de remettre du mouvement pour permettre à l’inconscient, avec le cerveau, d’amener les solutions. Ça paraît un peu simpliste, mais là je fais court. En tout cas, l’hypnose ne va jamais chercher les traumas.

Il est vrai qu’aux Etats-Unis, il y a eu un problème pendant un temps, c’est qu’on induisait des faux souvenirs. Moi, je ne fonctionne pas comme ça. En général, j’en dis le moins possible, je mène les gens vers une relaxation profonde, et là, je vais leur faire confiance. Le principe est d’apaiser le conscient, car lui est toujours sur le qui-vive, à écouter, disséquer, à essayer de comprendre, il sert à ça, c’est notre gardien, notre protecteur… ll est très utile, mais il prend tout l’espace. Du coup, notre inconscient, qui est une mine d’or, qui à beaucoup de solutions quand on a des problèmes, on n’y a pas accès. Mon travail va être d’apaiser le conscient, donc la personne est toujours consciente mais en état de veille, pour que l’inconscient s’active et apporte des solutions.

Les gens viennent vous voir pour régler des problèmes personnels, parce qu’ils ont un certain mal-être, que des choses chez eux ne leur conviennent pas… Quels sont leurs objectifs en venant vous voir ?

Il y a de tout parce que je ne travaille pas qu’en hypnose. Je fais ce qu’on appelle des thérapies brèves comme je vous ai dit. Certains viennent me voir dans le cadre d’une préparation à des examens. Ça marche très bien avec l’hypnose et la sophro, ça permet aux gens de se visualiser en confiance. Il y a aussi ceux qui viennent pour arrêter de fumer, mais honnêtement, je ne suis pas top pour ça. En ce moment, j’ai un patient qui est là pour ça, arrêter de fumer, et un autre qui est là pour maigrir. Personnellement, je ne suis pas trop pour. Je pars du principe que quelqu’un qui fume, ou quelqu’un qui prend trop de poids, derrière il y a une cause. Si vous arrêtez de fumer, mais que derrière vous n’avez pas réglé le problème – en l’occurrence le patient que je vois, a un gros problème de stress et d’angoisse dans son travail – vous allez le reporter sur autre chose, ou ça ne tiendra pas. Cet homme a besoin d’apprendre à gérer son stress, à se relaxer, à activer ses ressources. Après, éventuellement, je peux l’aider à être dans l’arrêt du tabac, mais si ça se trouve, il n’y en aura même pas besoin car ça va se faire tout seul.

Milton Erickson

Milton Erickson

Je me permets de rebondir car vous dites que la source de son problème, c’est le travail. Pensez-vous que dans notre société, les énergies sont propices au bonheur et à l’épanouissement des individus qui la composent ?  

C’est notre maladie en occident : nous sommes binaires. On voit oui-non, positif-négatif… mais ça ne marche pas comme ça, ce n’est pas aussi simple. Nous baignons dans un tout. On ne peut pas dire que telle chose est positive et telle chose négative. La question est plutôt comment moi, avec les outils que j’ai, je peux faire face à l’environnement dans lequel je suis. Je travaille plutôt à aider les gens à se détendre et à activer leurs ressources. On vit dans un monde qui est ce qu’il est, après je crois que c’est une prise de conscience et une élévation de conscience de chacun qui va faire changer notre paradigme. Il y a donc cette notion, très catho, de bien et de mal, de blanc et de noir, mais ça ne marche pas comme ça. Il ne faut pas développer cette notion. Il faut plutôt prendre conscience des choses, et chacun doit réfléchir à comment il se positionne. Je vois avec l’un de mes autres patients. Il a un travail et des horaires pas possibles. Il ne peut pas faire autrement, mais là où il peut avoir une action, c’est sur comment lui va le gérer intérieurement, quel outil il va mettre en place par rapport à cette situation. Je crois davantage à ça qu’à la notion de bien et mal.

Un dernier message pour finir ?  

Le message que j’ai envie de faire passer pour finir, c’est qu’il est temps que chacun de nous se responsabilise. Je crois vraiment que nous devons sortir de l’individualité dans le petit moi. Par contre, il ne faut pas non plus se noyer dans une globalité. Chacun est riche de ce qu’il est, et dans ce qu’il est, de le mettre au service du tout. Il faut sortir de cette idée : ça c’est bien, ça c’est mal ; car ça nous ferme. Aujourd’hui, il faut non seulement échanger, mais je crois aussi qu’il faut se prendre en charge. Pour moi, la maladie du siècle, qui me paraît hyper grave, c’est la « victimite » aiguë : dire que c’est toujours la faute des autres, c’est la faute de la société, c’est la faute de papa, maman, de tout ce que vous voulez… Quand on va chez le médecin, et chez moi aussi, on attend le miracle ou la pilule miracle, mais je ne travaille pas comme ça, et chacun de nous est responsable de sa vie. Si nous devons nous faire aider, nous allons voir un médecin, il va nous donner un médicament, mais ce qui va être intéressant, c’est de prendre ce médicament pour gérer la crise, la douleur, le problème, mais après, de trouver le pourquoi. Il faut arrêter de se faire porter. Il faut redevenir maître de sa vie, et en même temps partager avec les autres.

Merci.  

 

Si vous souhaitez la contacter, rendez-vous ici.

Pour plus d’infos, voici les liens Wikipédia :

EFT : https://fr.wikipedia.org/wiki/Emotional_Freedom_Technique

EMDR : https://fr.wikipedia.org/wiki/Eye_movement_desensitization_and_reprocessing

Hypnose ericksonienne : https://fr.wikipedia.org/wiki/Hypnose_ericksonienne

Thérapies brèves : https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9rapies_br%C3%A8ves

Sophrologie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Sophrologie

 

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