Patricia-Andreea, prof de skate

Temps de lecture : 5 minutes

Le skate est un sujet récurrent sur STORY NEXT DOOR. L’interview de Patricia-Andreea est l’occasion de l’aborder sous deux nouveaux angles : la formation et la place des femmes. Concernant le premier, Patricia poste régulièrement des annonces sur Facebook pour proposer ses services. Elle offre des cours particuliers de skateboard. Au regard des commentaires, il y a deux types de réaction. D’un côté, les personnes qui trouvent ça génial. De l’autre, celles qui ne comprennent pas et se moquent de sa démarche. Pour eux, le skate s’apprend en bande, en répétant les mêmes mouvement encore et encore. L’idée même de formation pourrait sembler intrinsèquement contraire à l’esprit du skate. Pourtant, c’est normal de prendre des cours de surf ou de snowboard.

Concernant la place des femmes, il est aussi tentant de faire le parallèle avec les sports précédemment cités. Au sein de la Nike Skatebording Team, il n’y a qu’une seule femme, bien que les X Games aient des épreuves féminines. Il en sera de même aux Jeux Olympiques de 2020 où le skate sera présent pour la première fois. Cependant, les skateuses sont loin d’être aussi populaires que les surfeuses. Ces dernières représentent un marché conséquent à part entière. Il est compliqué de faire du skate (ou du snowboard) en bikini, mais est-ce suffisant pour expliquer un manque d’attractivité de ce sport auprès de la gente féminine ? Il est courant de croiser des groupes de skateurs, moins des groupes de skateuses. Pourquoi ? Début de réponse avec Patricia.

 

Raphael : Comment et quand as-tu commencé le skate ?

Patricia-Andreea : Quand j’étais toute jeune. J’avais 11 ans. A l’époque, j’habitais à Essen, en Allemagne. Je faisais partie d’un groupe d’amis. Ils étaient plus âgés que moi et savaient déjà skater. J’ai commencé à apprendre par moi-même. Aujourd’hui, j’ai 25 ans et j’en fais toujours.

Tu ne fais que rouler ? Ou tu fais également des figures/tricks, dans la rue ou dans les skatepark ?

Ca serait mal vu si j’arrivais au travail avec un bras cassé, donc en ce moment je fais plutôt du longboard (NDLR : type de skate plus long et plus stable qu’un skate classique). De temps en temps, je fais des petites sessions tricks dans les rues de Berlin. Par contre, je ne vais plus du tout dans les skatepark.

Aujourd’hui, le skate semble être un sport masculin. En tant que femme, est-ce compliqué de se mettre au skate ?

Je pense que la plupart des filles ont peur de tomber sur l’asphalte. Les garçons ont peut-être moins d’appréhension vis-à-vis de ça. D’autant plus que dès leur plus jeune âge, ils sont encouragés à faire des sports plus physiques. Il y a aussi des filles qui ne savent pas comment apprendre, donc elles laissent tomber, parfois avant même d’avoir commencé. Il faut aussi ajouter qu’on voit rarement des skateuses dans les médias. Il n’y a personne pour inspirer les filles, les inciter à s’y mettre et à persévérer.

Comment expliques-tu que l’image de la surfeuse soit devenue si populaire, surtout en comparaison avec celle de la skateuse ?

C’est bête, mais tomber dans l’eau ça fait moins peur. Pourtant, c’est vrai que ce sont deux sports assez proches. Cependant, en ville, tu as moins de chance de te faire attaquer par un requin.

 

 

Tu as vécu en Australie. D’après ton expérience, il y a plus de skateuses là-bas qu’en Europe. Pourquoi ?

C’est une question de mentalité. Ils ont plus d’affinités avec la glisse en général. Ils sont plus ouverts à de nouvelles choses. Les filles hésitent moins à s’essayer au skate. C’est aussi dans la continuité du surf qui est très présent.

Les camps de surf se sont largement démocratisés ces dernières années. Les écoles de ski et de snowboard existent depuis longtemps. Comment se fait-il que l’apprentissage encadré soit moins développé dans le milieu du skate ?

Il y a une croyance assez répandue dans le skate, qu’il faut apprendre par soi-même. Quand tu as un groupe d’amis qui s’y met en même temps, ou qui sait déjà en faire, ça va. Par contre, si t’es tout seul, c’est moins évident de s’y mettre. Tu peux toujours te renseigner auprès d’un skatepark, mais les cours y coûtent chers.

Pourtant il y a une vraie demande. Beaucoup de gens ne savent pas par où commencer. Déjà se pose la question du skate à acheter. Avant de faire ça, ils veulent voir s’ils aiment ce sport ou pas. S’ils ne connaissent personne qui a un skate, comment font-ils ? Avec mes cours, j’apporte le matériel, les protections et de la pédagogie.

Comment t’es venue l’idée de donner des cours ?

Il y a plusieurs mois, une amie m’a demandée si j’étais prête à lui apprendre les bases du skate. Ca a été un déclic. J’ai décidé de lancer mon entreprise pour donner des cours privés.

Aujourd’hui tu n’en vis pas encore, mais c’est un objectif ?

Je n’en vis pas pour l’instant. A l’heure actuelle, j’investis dans le matériel pour mes élèves.

Quel est le profil de tes élèves ?

Ce sont surtout des enfants, mais ma clientèle va d’un enfant de 6 ans à un cinquantenaire.

 

 

Qu’est-ce qui motive les plus jeunes à prendre des cours de skate ?

C’est un peu de tout, la télévision, les amis… Surtout, c’est un sport qui diffère des autres, il est à part. C’est le sport cool par excellence, que ce soit en mode détente ou en mode compétition, performance.

D’ailleurs, en parlant de compétition et de performance, le skate va devenir une discipline olympique en 2020. Est-ce que cela va avoir un impact ?  

Forcément. Des millions de gens vont y être exposés. Toute une génération d’enfants, qui n’y pense pas aujourd’hui, va vouloir essayer le skate.

En conséquence, faut-il s’attendre à une explosion des initiatives similaires à la tienne ?

Aujourd’hui, le marché est quasi-inexistant, alors que la demande est forte.

Est-ce que c’est compliqué d’apprendre à skater à 30, 40 ou 50 ans ?

C’est sûr que le corps ne réagit plus comme celui d’un adolescent, mais si on commence doucement, avec des protections, ça va.

Pour contacter Patricia : https://www.facebook.com/YourPersonalSkateboardTrainerBerlin/

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