Quentin Pontonnier, créateur de bijoux

Temps de lecture : 7 minutes

D’habitude, je fais court en introduction. Je préfère rapidement passer à l’interview, mais dans le cas de Quentin, je suis un peu embêté. Son interview n’a duré que 5 minutes et 56 secondes. Me contenter de la retranscrire serait faire injustice au personnage. Je me sens obligé de vous parler un peu de lui.

A 22 ans, Quentin a lancé sa marque de bijoux depuis 2 ans déjà. Il a également beaucoup d’histoires à raconter, entre les périples à la frontière du Pakistan, les plongées dans la communauté manouche et les visites chez les diamantaires d’Anvers. Si vous avez envie d’entendre ses récits de sa propre bouche, vous n’aurez aucun mal à le trouver, il passe ses nuits à naviguer entre les repères nocturnes de la capitale. Je me rends chez lui un samedi après-midi pour l’interviewer. Il m’offre à boire et à manger. Il ouvre littéralement le frigo et me dit : “Regarde ce qu’il y a, sers toi si t’as faim.” Je suis persuadé qu’il n’était pas loin de me faire à manger, il m’a d’ailleurs dit qu’il rêverait d’ouvrir un restaurant. Il adore cuisiner. Il doit sûrement y voir un côté artistique. Pour lui, un créatif est forcément touche-à-tout. Lui même dessine, peint, écrit, et bien sûr crée des bijoux. Lorsque je lui demande où est son atelier, il me répond dans sa chambre. Sa chambre c’est tout son univers rentré au chausse-pied dans 6 mètres carré. Au sol, son lit prend plus de la moitié de l’espace. Les murs sont envahis par les posters et les photos. Une platine vinyle invite les Sex Pistols dans la pièce. Le rock est l’une de ses influences les plus visibles, mais cela ne l’empêche pas d’écouter du rap old school et d’être l’un des fournisseurs officiels de bijoux du Jazzy Bazz. Dans un coin, il y a son espace de travail. On y trouve un chalumeau, des métaux, un marteau et de nombreux outils qui me sont inconnus… Quentin n’a pas été très bavard pendant l’interview, je n’ai probablement pas posé les bonnes questions, mais pendant les presque deux heures et demie où j’étais chez lui, on n’a pas arrêté de discuter. Il parle, il raconte ses histoires, on échange… Pourtant, au moment où il prend ses outils et se met à l’ouvrage, le silence se fait. Le silence s’impose.

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Raphael : Comment es-tu devenu créateur de bijoux ?

Quentin Pontonnier : J’ai intégré l’Ecole Boulle en bijouterie joaillerie. J’y suis resté 4 ans et j’ai passé 2 diplômes. Après ça, je me suis lancé dans le monde du bijou. Vu que j’étais très intéressé par la mode et l’histoire de l’art, j’ai lancé ma boîte pour faire mes créations, mes bijoux.

A quel âge as-tu intégré l’Ecole Boulle ?

J’avais 14 ans. Je sortais de 3ème. J’ai été pris sur concours.

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Donc tu es entré dans le monde professionnel à 19 ans.

Voilà, j’ai fini mes études supérieures à 19 ans, je suis donc entré dans le monde professionnel… et ça n’a pas été facile, je n’étais pas vraiment dedans.

Maintenant tu vis de Tant d’avenir, ton entreprise en tant que créateur de bijoux ?

Alors je n’en vis pas encore. A côté j’ai un CDI. Je suis directeur artistique pour une marque de bijoux, Imaï. J’y fais de la créa et de la gestion. A côté de ça, j’ai ma boîte. Je commence à pouvoir m’acheter tous les outils pour créer les bijoux. Je commence petit à petit à toucher des sous grâce à ça, mais surtout je fais mes créations, c’est ça le plus important pour moi.

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Pourquoi ce choix de devenir créateur de bijoux ? Qu’est-ce qui t’a motivé ?

Ce qui me motive, c’est la création, en tout genre. J’adore faire de l’acrylique, je fais des tableaux, je dessine des lunettes… Et les bijoux c’est vraiment quelque chose de personnel et d’intemporel. Ça résiste à l’épreuve du temps. Il y a des bijoux qui datent de je ne sais quelle époque et qui ont une histoire. C’est ça que je trouve intéressant.

Tu fais des bijoux pour femmes, mais aussi pour hommes. Est-ce qu’il y a beaucoup d’hommes demandeurs de bijoux ?

De plus en plus, les hommes sont demandeurs de bijoux, colliers, bracelets, bagues… Surtout bagues ! Je ne sais pas si c’est un effet de mode, mais il y a une demande aujourd’hui.

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Quelles sont tes inspirations pour tes créations ?

Parmi mes inspirations il y a l’art indien. La particularité de Tant d’avenir, c’est que je chine des vieilles pièces de monnaie qui ont une histoire, et j’en fait des bijoux. Je donne cette petite touche rock, old school et indienne.

Tu les trouves où ces pièces ?

Un peu partout, dans les brocantes, chez des amis, et il y a des personnes qui m’en donnent, je les échange…

Comment t’es venue cette idée ?

Dans l’antiquité romaine, il y a eu une mode : les bijoux monétaires. Ils faisaient justement des bijoux à partir des pièces. J’ai beaucoup aimé, et je m’en suis inspiré pour donner un style à ma marque et me différencier.

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Comment se passe la fabrication d’un bijou ?

D’abord je dois faire un prototype, avant de mouler le bijou. Donc une fois que j’ai trouvé ma pièce, je vais fabriquer une monture. Prenons par exemple une chevalière, ça se fait dans la cire. C’est comme de la cire de bougie, elle est verte. Je vais partir d’un bloc de cire, je vais le travailler, avec tous mes outils. Après, je vais aller chez le fondeur. C’est lui qui a tout le métal. Il va extraire la fonte à cire perdue, technique utilisée depuis l’antiquité par les égyptiens. Une fois que le fondeur me l’aura sortie en argent, je vais la mouler. Une fois moulée, je peux en reproduire autant que je veux.

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En regardant ton lookbook sur ton site internet (NDLR : lien à la fin de l’interview), on peut voir que tu es très rock. Tu te définis comme « Rock&Chic », mais en même temps tes bijoux sont portés par Jazzy Bazz, un rappeur. C’est quoi la différence entre le bling hip-hop et le bijoux rock ?

Ça commence vraiment à fusionner. Il suffit de regarder la nouvelle génération de rappeurs américains. Ils sont habillés par des grands couturiers avec un style plutôt rock. Ils s’adaptent. De nos jours, les rappeurs et les rockeurs ont de plus en plus de bijoux. Je pense que les différences s’effacent.

Un homme qui porte des bijoux, ça dit quoi sur lui ?

Tout dépend. Ça peut être une appartenance à un groupe, ça peut être un signe de richesse, ou une bourgeoisie dans certaines familles, avec les chevalières… ou c’est juste quelqu’un qui aime les bijoux (rire).

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Aujourd’hui, tu commences à vendre certains de tes bijoux, qui te les achète ?

Ça vient de partout, beaucoup de personnes différentes, de milieux différents.

Un dernier message pour finir ?

J’espère que ça va durer, que je pourrais faire le plus de créations possibles, et que je pourrais les voir portées par le plus de monde possible.

Merci.

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Quand on pense aux artisans, on a souvent cette image du vieil homme sage, installé dans son atelier depuis des années, l’oeil encore vif. Quentin a encore quelques décennies devant lui avant de devenir un vieux sage, mais il a cette fougue, cette effervescence de la jeunesse. Il commence à se faire connaître, et j’ai la certitude qu’on entendra parler de lui dans les prochaines années. Pour découvrir son travail, ses bagues, ses bracelets, ses colliers… rendez-vous sur son site : http://www.tantdavenir.com/

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