Rémi, patron d’un skateshop

Temps de lecture : 6 minutes

A plus de 40 ans, Rémi vit de sa passion. Il a ouvert Vega Skateshop en 2011 avec un ami. Situé à deux minutes du mini-skatepark mythique du Quai de Jemmapes, sa boutique est rapidement devenue un lieu connu des skaters parisiens et des habitants du quartier. D’ailleurs, le lundi soir où j’y étais pour l’interviewer, j’ai surtout vu défilé des familles. Il faut dire que dans ce lieu où cohabite chaussures classiques, marques de skate, planches et matos de skaters, on se sent vite chez soi. Rémi sait mettre les gens à l’aise. On ressent le côté “bande”. Le skate est probablement le plus collectif des sports individuels. Ca fait partie de l’esprit de ce sport, même si le skate est bien plus que ça, c’est une culture. Vu sous cet angle, Vega Skateshop n’est pas qu’un magasin, c’est lieu culturel incarnant un état d’esprit. A travers cette interview, Rémi nous parle de sa passion, de son shop et de l’évolution du skate.

 

Raphael : Comment en es-tu arrivé à ouvrir un skateshop ?

Rémi : C’est un collègue à moi qui voulait ouvrir un skateshop sur Paris. J’habitais à Montpellier à l’époque. Il m’a appelé pour l’aider à monter cet endroit. On est donc deux co-gérants. A la base, ça fait quand même plus de 25 ans que je skate. Ici, c’est un peu la suite logique de ma passion.

Comment es-tu tombé dans le skate ?

En empruntant le petit skate en plastique de mon voisin en… 1987, j’avais 12 ans.

Pour ouvrir le skateshop, ce n’était pas trop dur de quitter Montpellier pour monter sur Paris ?

C’était un petit peu dur, mais la raison a pris le dessus sur la vie parisienne.

 

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Peux-tu nous présenter le shop et ses particularités ?

La particularité de notre shop, c’est qu’il est divisé en deux. Il y a vraiment une partie chaussure à l’entrée. La partie skate est au fond du magasin. C’est l’un de nos gros avantages. Les gens qui cherchent des chaussures restent à l’avant du magasin, et les skaters ont leur partie, on va dire un peu privative, à l’arrière du magasin.

C’est qui ta clientèle aujourd’hui ?

Ma clientèle pour les chaussures, ça va être tous les gens du quartier, les jeunes, les parents… On chausse vraiment beaucoup de monde. Au niveau du skate, on a des skaters entre 12 et 45, 50 ans.

Justement, j’allais t’en parler. Le skate a longtemps été vu comme un sport de jeunes. Aujourd’hui, on voit de plus en plus de quadra qui skatent avec leur mallette sur leur cruiser (NDLR : un cruiser est un type de skate, souvent plus petit que les skates classiques, qui n’est pas designé pour faire des figures, qui est simplement utilisé pour rouler). Comment vois-tu cette évolution ?

C’est une évolution tout à fait naturelle. On en fait nous-mêmes partie. Je suis quarantenaire et mon collègue aussi. On a nos cruiser. C’est une évolution logique. Tous les quadra qu’on voit en cruiser ne sont que les gars qui avaient 20 ans il y a 20 ans, qui skataient dans la rue, qui ensuite ont eu des familles, des enfants. C’est la même histoire pour tous. Ils se sont arrêtés à 30 ans, puis ils reprennent à 35, 40. Leurs enfants ont grandi. Leurs petits-enfants veulent faire du skate. On assiste au retour du skateboard des « vieux » qui prennent des grosses board et des grosses roues. Ils se font encore plaisir avec les sensations de glisse, sans obligatoirement se jeter dans les marches. Ils reviennent à leurs premiers amours.

 

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Ça fait plus de 20 ans que tu skates. Comment est-ce que ce sport a évolué ?

C’est surtout devenu une affaire de marques et de sponsoring. Il n’y a plus la même candeur et la même simplicité qu’il y avait quand nous on skatait il y a 20 ans. C’est-à-dire qu’il n’y avait pas encore l’apologie des marques. Les sponsors n’étaient pas aussi présents… Alors que maintenant, un petit jeune qui commence le skate à 14 ans, sa première question va être : comment on fait pour être sponsorisé ? Voilà. Je trouve que c’est l’un des seuls trucs qui a changé. Après, on est toujours avec des groupes de skaters dans la rue. Ils font toujours du skate à toutes les heures de la journée et de la nuit. Il y a toujours des petits groupes qui font du street, et d’autres qui font du bol. On se retrouve un petit peu avec la même ambiance. Pour le coup, ça, ça n’a pas vraiment changé. Ce qui a changé, c’est vraiment l’image des marques qui font le skate. C’est devenu assez présent.

Tu parlais du rapport aux marques, qui sont devenues plus présentes. Des shop aussi ont leur team. Qu’en est-il de Vega ?

On a notre team depuis le premier jour, enfin presque… On va dire qu’il faut absolument se monter un team dans les six premiers mois pour pouvoir ressembler à quelque chose. Un shop sans team… c’est viable, mais ce n’est pas un shop qui va être très core (NDLR : le shop ne va pas s’adresser à une clientèle de skaters réguliers)  à mon avis.

 

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C’est quoi le rôle d’un team dans la promotion d’une boutique ?

Ça va être de véhiculer l’image de la boutique. Quand on a ouvert la nôtre, on avait quand même pas mal de parisiens et autres qui se sont présentés pour être sponsorisés et faire partie du team Vega. Pour la sélection, après avoir regardé le niveau général des gars, notre critère ça a vraiment été le feeling et les liens humains. Ces gars sponsorisés par le team Vega, une fois qu’ils vont être à l’extérieur, une fois qu’ils vont être sur des compétitions, une fois qu’ils vont être dans la « vraie vie », s’ils véhiculent une image dégueulasse, c’est toute l’image du skateshop, représentée par eux, qui peut être ternie. Nous, on est plutôt carré là-dessus. Les jeunes que nous sponsorisons, c’est des jeunes qui ont entre 20-25 ans, ils ont leur folie, mais ça reste contrôlé.

Pour nous donner une idée, est-ce qu’il y a beaucoup de compétitions sur la scène française ?

Il y en a quand même pas mal. Généralement, ça se passe entre avril et septembre. On peut compter sur au moins une ou deux compétitions par mois.

 

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Aucun d’eux n’est pro ?

C’est assez spécial en skate. Il y a amateur et pro. Amateur, c’est un mec qui est sponsorisé par des marques, mais qui n’a pas de salaire. Un pro est un gars qui a un salaire. Nous on a deux pros. Il y en a un qui est chez Nike. Il a un salaire fixe chez Nike. C’est ce qu’on appelle un pro. Un amateur, c’est quelqu’un qui peut être sponsorisé par 8 ou 10 marques différentes, mais qui ne va pas être payé.

Pour finir, as-tu des bonnes raisons à nous donner de venir ici ?

Si vous êtes skater, vous trouverez toujours une bonne raison de venir ici. Sinon on reste nature, on n’est pas pousse au crime. Vous serez toujours bien reçu, que vous ayez un skate sous le bras ou non.

Merci.

 

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Pour rendre visite à Rémi : 18 rue Louis Blanc, 75010 Paris

Site officiel : http://vegaskateshop.fr/  

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