Vincent Glad, l’interview vérité

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Il y a moins de deux ans, le 16 juin 2015, Donald Trump annonçait sa candidature à l’élection présidentielle américaine, Macron n’avait pas lancé son mouvement “En Marche !” et l’Angleterre appartenait encore à l’Union Européenne. Une autre époque. Cette année, la campagne présidentielle française a elle aussi été mouvementée. Pendant le premier tour, les citoyens ont ainsi appris que les intelligences artificielles allaient voler leur travail. Franchiront-elles les frontières ? Réussiront-elles à s’intégrer ? Faudra-t-il décréter un état d’urgence numérique ? Quel impact sur le réchauffement climatique ? Quelles solutions pour éviter les pics de pollution parisiens, bannir les voitures et consacrer le vélo roi ?

Face à ces vagues continues de changements et de débats qui s’abattent sur tout un chacun entre deux vidéos de chaton, comment se faire sa propre opinion ? Le réflexe serait de se tourner vers les médias pour comprendre les tenants et aboutissants de chaque sujet. Sur Facebook et Twitter, il faut slalomer entre les fake news et faire abstraction des avis “experts” postés par nos “amis”. Enfin arrivé sur un article d’un site dit sérieux, le doute s’insinue : peut-on vraiment faire confiance aux médias ?

Pour comprendre la nouvelle réalité médiatique et ses enjeux, je me suis tourné vers le journaliste Vincent Glad. Connu du grand public suite à son passage au Grand Journal, il écrit aujourd’hui pour plusieurs médias et tient un blog, hébergé sur Libération, sur lequel il aborde les thématiques médiatico-digitales actuelles. Pour ma part, j’accorde du crédit à ce qu’il écrit, d’autant plus qu’il n’hésite pas à se montrer critique vis-à-vis du système médiatique. Est-ce que sa vérité est votre vérité ? Chacun se fera sa propre opinion.

 

Raphael : Entrons directement dans le vif du sujet. Comment définis-tu une fake news ?

Vincent Glad : Une fake news, au sens strict, est la création d’une fausse information, basée sur aucun fait réel, dans le but délibéré de nuire. Cependant, aujourd’hui, on utilise cette expression pour tout et n’importe quoi. Par exemple, une information de mauvaise foi, militante, va être considérée par certains comme une fake news. Cette expression permet de déconsidérer toute information, même vraie, qu’on va juger fausse. D’ailleurs, Donald Trump ne cesse de répéter que CNN et le New-York Times donnent dans la fake news. Tout devient fake news à partir du moment où on n’est pas d’accord avec une information. Je ne suis donc  pas sûr que l’utilisation de ce terme serve le débat.

Un bon exemple de fake news au sens strict du terme, c’étaient tous ces faux sites d’informations créés en Macédoine pendant l’élection présidentielle américaine. C’étaient des adolescents qui produisaient des fausses informations en anglais, non pas pour convaincre les gens de voter Trump, mais parce que ça faisait cliquer ses électeurs, ça faisait de l’audience. Cette histoire, dévoilée par BuzzFeed (référence), avait beaucoup énervé Barack Obama. Ca donnait l’impression que le marché de l’information n’était plus sous contrôle, que la démocratie ne pouvait plus fonctionner.

Ce terme, fake news, est loin d’être parfait mais il a quand même permis de mettre le doigt sur une certaine réalité, sur ce grand marché, libéral, de l’information. Des gens produisent de l’information simplement parce qu’il y a une demande. Pendant la campagne française, les fake news ont joué un rôle relativement mineur, sauf pendant l’entre-deux tours où les fake news anti-Macron venues de la fachosphère américaine se sont multipliées.

 

 

Un rôle mineur comparé à la campagne américaine ?

Même sur la campagne américaine, c’est difficile de déterminer si les fake news ont eu de réelles conséquences. C’est vrai qu’il y a eu des blockbusters du fake. Les articles les plus lus pendant cette campagne américaine ont été des fake news. De là à dire que ça a eu un impact…

Ca n’a peut-être pas eu d’impacts concrets sur le résultat du vote, mais ça a quand même déclenché des réactions. Le Monde a lancé le Décodex. D’autres médias et organisations ont également réagi à travers différentes initiatives.  

Le terme fake news n’a aucune base scientifique, mais ce qui est prouvé c’est qu’il a eu un effet sur la société. Peu importe l’effet réel, on a pensé que l’effet était énorme. De facto, on a pensé qu’il fallait réagir. Il y a effectivement le Décodex. C’est une démarche qui a été initiée bien avant les fake news, mais que Le Monde a accéléré car ils pensaient que la campagne présidentielle française allait en être infestées.

Lors de la mise en ligne du Décodex, plusieurs personnes ont rappelé que les émissions et sites internet dédiés au fact checking, qui s’attaquent depuis plusieurs années déjà aux hoax par exemple, existaient depuis un moment.

C’est bien d’expliquer pourquoi une information est fausse, mais je suis contre la religion du tout fact-checking. Aujourd’hui, l’information qui compte est celle partagée sur Facebook. Si on partage un contenu, c’est qu’il nous émeut ou qu’on a envie de convaincre, ou de se convaincre, d’une vérité. On a vu lors de la campagne présidentielle que si on est pro-Macron, on ne va partager que du pro-Macron, et ainsi de suite pour chaque candidat. Les militants ont un rapport différent à la vérité. Ils ne voient que la leur. S’ils pensent que Le Pen a raison sur un sujet, mais que Le Monde explique que Le Pen a tort, ça ne va pas les convaincre. Ils vont faire comme Trump, dire que c’est de la fake news. Ca ne fait que renforcer le fossé avec la presse. On a bien vu pendant cette élection que les militants de trois candidats, Le Pen, Mélenchon et Fillon, étaient farouchement contre la presse mainstream. Ca fait quasiment 60% de l’électorat. Par nature, ils jugeaient a priori faux tout ce qui était dit contre leur candidat dans les médias.

 

 

Comme tu viens de le dire, c’est sur Facebook que les militants étaient le plus actifs. La plateforme de Mark Zuckerberg  a été très attaquée suite au phénomène des fake news. Elle a d’ailleurs noué des partenariats avec plusieurs médias pour fact checker les informations partagées. En même temps, sont favorisés les vidéos et les contenus qui provoquent des réactions, donc des contenus émotionnels ou polémiques. N’est-ce pas paradoxale ?

Oui, effectivement. Facebook a un intérêt économique à favoriser les contenus viraux. Si je partage un contenu avec un avis équilibré, il aura moins d’effet qu’un contenu avec un titre tranché, polémique. Dans le second cas, ça provoquera beaucoup de réactions, donc il aura plus de visibilité. La semaine qui a précédé le second tour, il y a eu beaucoup de contenus forts, tranchants. Des éditos politiques de certains de nos amis, que nous n’avions plus vu sur Facebook depuis 10 ans, sont apparus dans nos timelines.

De mon côté, je crois que le procès fait à Facebook là-dessus est un peu injuste. Ils font vraiment des efforts. Ils sont sur la corde raide. Ils ont compris que s’ils commençaient à trop censurer les fake news, et allaient jusqu’à censurer les contenus de mauvaise foi, on pourrait le leur reprocher. C’est pour ça qu’ils limitent leur définition de fake news à des contenus délibérément faux, basés sur aucune vérité. Ca me semble assez juste.

Je pense qu’ils essaient de lutter contre ce phénomène. Ils sont tous démocrates chez Facebook. Ca les a profondément marqués d’être accusés d’avoir favorisé Trump. Les employés poussent Mark Zuckerberg à agir. Ils ont donc mis en place un système de crosscheck, de vérification des informations, en partenariat avec les sites de presse (référence). Le fact checking s’affiche désormais dans nos timelines. Mais j’ai tendance à penser que c’est presque contre-productif. Je vois du fact checking sur des sujets que je n’avais pas vu. D’après Libération, Emmanuel Macron ne s’est pas lavé les mains après avoir serré celles des ouvriers. Des personnes découvrent l’info via le fact-checking et vont croire ce qui est dénoncé comme une fake news. Puisque pour certaines personnes, Libération, par essence, ne peut avoir raison.

La campagne a aussi vu l’apparition de vidéos politiques produites par Topito et MinuteBuzz. Konbini a lancé Speech. Est-ce que l’infotainment, initié par le Petit Journal en France, prend le dessus sur l’information traditionnelle ?

C’est la logique de l’audience, dont on parle souvent lorsqu’il s’agit de la télévision. Au final, Facebook est ce que nous en faisons. Nous avons beau prêcher qu’il vaut mieux lire Le Monde que de regarder du MinuteBuzz, nous allons quand même cliquer sur leur contenu quand on le voit traîner sur Facebook. D’ailleurs, nous ne voyons pas tous la même chose sur nos timelines. Quand je regarde celle d’un mec de 20 ans, il n’y a que des vidéos de fails, de chats… L’algorithme est en soi un problème puisqu’il nous enferme dans des choix que nous faisons dans le passé. Personne n’a le même Facebook, c’est aussi ça qui est incroyable. On rentre dans le débat des bulles de filtres.

C’est un sujet complexe. Faut-il considérer que l’algorithme Facebook est si important qu’il doit être régulé par une autorité, comme le CSA par exemple ? Ca pourrait être le cas. On a décidé, de façon un peu arbitraire, que la télévision devait être administrée par l’état. Elle n’a donc pas eu le droit de mettre plus de Macron que de Le Pen. Certes, mais pourquoi est-ce que le web a le droit de faire ce qu’il veut ? L’algorithme Facebook n’est pas du tout administré. Nous laissons prospérer des entreprises qui prennent un pouvoir monumental, sur lequel nous n’avons aucune influence. Après, est-ce que j’ai vraiment envie que Trump prenne le pouvoir sur Facebook ? Je ne sais pas non plus…

 

 

Tu parlais des hommes politiques anti-presse mainstream. Ca a un impact sur la confiance de leur électorat vis-à-vis des médias. Début 2017, une étude réalisée par Kantar Sofres/Kantar Média pour La Croix montrait que la confiance dans les médias et leur crédibilité, chez les français, étaient au plus bas. Quels sont les autres facteurs qui expliquent cette perte de confiance ?

Ca commence avec les médias. Comme les partis politiques, c’est parce qu’ils ont mal faits leur travail qu’ils sont si déconsidérés. Cette perte de confiance s’explique aussi assez clairement par le fossé entre la presse, qui est parisienne, et la vraie France, qui, majoritairement, ne l’est pas. Ca s’explique également par la formation des journalistes et beaucoup d’autres choses.

Dans le contexte actuel, il y a une très faible confiance vis-à-vis de la presse, et en même temps, il y a un concurrent, internet, où toute l’offre de points de vue est disponible. C’est-à-dire que si moi je ne suis pas d’accord avec Libération, pas de soucis, je me dirige vers Le Figaro, sinon Valeurs Actuelles, voir même un blog à la con qui dira le contraire. A la fin, j’aurai toujours raison. Je trouverai toujours un contenu qui va dans mon sens. La question de la source de l’information n’est plus si importante pour les gens. Ils s’intéressent au contenu qui va les arranger, même s’il est sur une sombre page Facebook. On l’a vu avec les sondages. Quand Mélenchon était très bas, les insoumis se battaient pour trouver des sondages où il était plus haut qu’il ne l’était vraiment. Fillon était plus haut sur Filteris, l’instrument de sondage basé sur les réactions internet. Les fillonistes le brandissaient à tout va (référence). Internet est un grand marché de la vérité où on va piocher celle dont on a besoin.

C’est ce que tu expliques dans ton billet intitulé « Présidentielle 2017 : bienvenue dans l’actu dont vous êtes le héro. » Ce billet est aussi vrai pour le climat et pour n’importe quel sujet médiatique. Face à ce problème, peut-on aujourd’hui « reconnecter » à la réalité une personne qui est dans le faux ?

Aujourd’hui on ne peut que constater cette situation.

Je me souviens, pendant mes années lycées, en cours de Français, nous avons passé plusieurs heures à parler des médias, à étudier des articles, à identifier l’opinion d’un journaliste, à recouper les sources si besoin…

Évidemment, l’une des solutions est l’éducation aux médias. Globalement, ça, tout le monde l’a compris, mais si on commence une éducation aux médias intelligente aujourd’hui, ça ne fera effet que dans plusieurs d’années… Et puis ça soulève un autre problème. Ca suppose que ce qui est dit à l’école à des enfants de 15 ans est considéré comme vrai. Surtout que l’élève de 15 ans aura déjà développé une pensée critique. Il se retrouvera face à un prof de 45 ans qu’il ne jugera pas forcément crédible.

Le problème général est que nous avons une atomisation de la société avec des corps intermédiaires qui ne sont plus considérés comme fiables : les policiers sont des pourris, les journalistes sont des pourris, l’école c’est de la propagande… Dans ce sens, internet n’aide pas. On y trouvera toujours l’argumentaire qui renforcera notre pensée. Ce n’est pas que la faute d’internet. Les institutions ont des choses à se reprocher.

La démarche du Monde, “le Décodex”, a été très critiquée. Je l’ai également critiqué. Ce qu’ils n’ont pas réussi à expliquer, c’est que c’était avant tout une démarche d’éducation aux médias. C’est comme ça qu’ils se positionnent. Ils ne disent pas : Le Monde dit la vérité. Ce qui leur a manqué à mon avis, c’est d’associer la communauté de l’éducation aux médias. Il y a des gens qui font un travail assez souterrain et qui devrait être davantage valorisé. C’est l’une des solutions à ce problème complexe.

 

 

Tu énumérais les différentes institutions et acteurs auxquels les français croient de moins en moins. La politique est la plus visible. Le renouvellement du paysage politique est souvent évoqué. Quid du renouvellement du paysage médiatique ?

Le renouvellement du paysage médiatique est compliqué. Tout d’abord, pour être journaliste il faut faire une école de journalisme. Pour intégrer une école de journalisme, en général, il faut avoir fait Science-Po car les concours sont difficiles. Après, quand on sort d’école, pour se faire une place dans la profession, il faut connaître des journalistes. Au final, les petits jeunes sont des émanations de ceux qui étaient là avant.

Quand aux nouveaux médias, nombreux sont ceux qui se lancent avec les chèques de départ des médias existants. Mediapart a été lancé par des anciens du Monde. Rue89 par des anciens de Libération. Slate par des anciens du Monde. Explicite par des anciens d’I-Télé. Les Jours par des anciens de Libération. En réalité, le renouvellement n’est que de façade, même s’il est vrai que Mediapart a renouvelé le paysage.

Pour des petits jeunes habitant à Clermont-Ferrand qui veulent lancer un pure-player, bon courage ! Il faut avoir des investisseurs. Pour cela, il faut déjà avoir des amis à Paris. Ce n’est pas impossible, mais c’est difficile. Après, il y a des initiatives comme Street-Press, qui a une voix différente. Il y a le Bondy Blog, mais qui est soutenu par Libération.

Le renouvellement est aussi compliqué parce que le journalisme demande une forme de professionnalisme qu’il faut quand même apprendre. Pour cela, il faut aller dans les écoles. On revient au même problème. Pour sortir de ce cercle, il faut regarder du côté des médias très indépendants, mais qui n’ont pas d’argent. Forcément, les gens travaillent à côté, donc ils n’ont pas le temps de faire de vraies enquêtes. Ils ne connaissent pas les règles de vérification des sources et les choses comme ça. C’est aussi le problème des blogs. Au final, nous n’avons pas réussi ce renouvellement. Il y a très peu d’exemples de médias qui seraient vraiment nouveaux.

En 2013, tu prédisais l’avènement à venir du format vidéo. Tu disais que Norman fait des vidéos pourrait être journaliste. Ca ne s’est pas fait. Par contre, aux Etats-Unis, Casey Neistat s’est associé à CNN. Ici, TF1 a racheté MinuteBuzz. On a vu des YouTubers politiques apparaître. Je pense à Osons Causer. Aujourd’hui, comment vois-tu le futur du journalisme web ?

En France, nous avons de très bons YouTubers dans le domaine de l’humour, notamment les historiques Cyprien et Norman. Il nous faudrait un équivalent journalistique. On ne l’a pas eu pour des raisons de casting. Aucun Norman n’a fait une école de journalisme. Il y a le cas de Osons Causer. Ils ont pris position pour Mélenchon pendant les élections, mais ça ne les disqualifie pas en tant que média. Leurs vidéos ont rencontré un énorme succès. On ne peut que regretter que de telles initiatives ne viennent pas des médias. Ce qui manque dans les grands médias, ce sont simplement les talents. Aucun mec n’a ce talent de YouTuber, comme peut l’avoir le présentateur de Osons Causer. On peut le trouver tête à claques, mais il est très efficace. C’est très bien produit. D’ailleurs, il n’a pas du tout le ton d’un journaliste. Comme je l’expliquais, pour avoir les compétences d’un journaliste, il vaut mieux avoir fait une école de journalisme, mais les écoles ne recrutent pas ce genre de mec. S’il rentrait dans une école, il risquerait de ressortir aseptisé. En 2013, je n’aurais jamais pensé qu’un Osons Causer puisse faire 5 millions de vues. Grâce à Facebook, on voit qu’il y a une opportunité. Il faut l’exploiter. Du côté des médias, personne ne sait faire ça. Les journalistes attirés par l’audiovisuel font de la télé et pas du YouTube, c’est regrettable.

Qui plus est, ma génération, qui a entre 30 et 35 ans, stagne. Notre problème, c’est que nous ne savons faire qu’une seule chose : de l’écrit. Hors, il faut faire de la vidéo maintenant. Le format que je pratique, des articles écrits, c’est sympathique, mais c’est passé de mode. Aujourd’hui, je devrais produire mes sujets en vidéo. C’est une autre manière de produire du journalisme. Ma génération, de ce point de vue là, est hors du coup. On a eu des cours de Final Cut (logiciel de montage vidéo), mais tout le monde s’en fichait. Maintenant, les écoles de journalisme doivent se mettre à jour. Elles ont besoin de 2, 3 ans pour avoir des gens à même d’enseigner ces nouveautés, mais ce n’est pas dit que le format vidéo à la mode aujourd’hui existe encore dans quelques années. En France, nous sommes en retard. Il y a principalement Brut. MinuteBuzz a le savoir-faire du format, mais ce n’est pas ce qu’on peut appeler du journalisme de qualité.

 

 

Récemment, Facebook et de grands médias ont noué des partenariats pour la partie fact checking. Est-ce que Facebook pourrait un jour incorporer ces médias traditionnels ? Ou est-ce de la science-fiction ?

Ce n’est pas de la science-fiction. C’est quasiment déjà le cas, même s’ils ne les ont évidemment pas racheté. A part Le Monde, Le Figaro ou L’Équipe, qui ont encore un trafic conséquent sur leur page d’accueil, pour la plupart des autres sites, les visiteurs viennent des réseaux sociaux, principalement Facebook. Pour certains titres de presse, ça représente 70% à 80% de leur audience. Avec la solution Instant Articles, ils sont intégrés directement dans l’écosystème Facebook. De fait, le site ne compte déjà plus. J’avais fait un billet à l’époque pour dire que les médias n’avaient pas vraiment le choix, qu’ils étaient vassalisés. Ils ne peuvent pas se permettre de se couper de l’audience Facebook.

En même temps, ce qui est intéressant, c’est que pour le fact checking, Facebook se tourne vers les médias, vers des médias forts et crédibles. La plateforme a besoin d’eux dans son combat contre les fake news. Malgré cela, à long terme, ça ne sent pas très bon pour les médias. Ca ne veut pas dire qu’ils vont disparaître. Par exemple, Le Monde a une équipe dédiée à Snapchat. Ca veut dire que le contenu créé n’est plus hébergé sur leur site mais sur l’application, avec une régie publicitaire Snapchat. Au final, ce qu’il reste, c’est la marque. Le média en tant que tel, physiquement, peut disparaître. Ce n’est pas dit que Libération version papier existe encore dans 10 ans. Même le site peut disparaître. Ce sera une marque hébergée sur Snapchat, Facebook, sur le prochain réseau… Les marques ont de la valeur, mais elles n’ont pas toutes la même. Les plus fortes continueront à exister. Les autres ont intérêt à se réinventer.

Merci.

 

Vous pouvez lire Vincent Glad régulièrement sur son blog : http://an-2000.blogs.liberation.fr/

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