Yoann, freeboarder

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3 juillet, Lausanne, Vallée de la Jeunesse, le soleil tape fort sur ce parc en pente traversé de haut en bas par une route goudronnée. Depuis des années, cette route fait office de piste d’entraînement pour tous les amateurs de glisse, en roller, en longboard et aussi en freeboard. Ce sont les amateurs de cette dernière discipline, dérivée du skateboard, qui depuis 5 ans, le premier week-end de juillet, investissent le lieu à l’occasion du Lausanne Slopestyle. Le but du freeboard est de retrouver les sensations du snowboard sur l’asphalte. Voilà pourquoi pendant 48h la Vallée de la Jeunesse devient un snowpark estival composé de rampes, de tremplins et même d’un big air. Rencontre avec Yoann, co-président de l’association LAU’Riders et membre du comité d’organisation du Lausanne Slopestyle.

 

Raphael : Qu’est-ce que le freeboard ?

Yoann : Le freeboard est une sorte de skateboard spécialisé. Il a 6 roues contrairement à un skateboard classique qui a en 4. Il y a 2 roues en plus qui pivotent au milieu de chaque axe. Elles vont permettre de reproduire les sensations de glisse du snowboard, mais sur l’asphalte.

 

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J’ai également remarqué que les pieds sont attachés et que la planche a une forme différente par rapport à une planche de skate classique.

Exactement, c’est un peu plus long qu’un skateboard. C’est à-peu-près la même taille qu’un longboard pour ceux qui connaissent les sports de descente. Effectivement, il y a un système de hooks, c’est-à-dire de fixation sur le dessus de la planche, ce qui donne beaucoup plus de contrôle. Ça va nous permettre de nous rapprocher de cette dimension snowboard.  

 

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D’où ça vient ? Où est-ce que ça a été inventé ? Quelle est l’histoire de ce sport ?

Le freeboard vient à la base d’une marque qui s’appelle justement Freebord. Elle a été développée aux Etats-Unis en 97. Ce sont des américains qui cherchaient à faire du snowboard en été qui ont créés ce concept de trucks à 3 roues au lieu de 2, ce qui permet de vraiment glisser latéralement.

 

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Et toi, comment es-tu arrivé à la pratique du freeboard ?

J’ai découvert le freeboard sur internet il y a environ 4 ans. J’ai commencé à en discuter avec Pierro, l’un des riders locaux, par commentaires interposés sur internet. Nous sommes devenus amis sur Facebook mais sans jamais nous rencontrer. Un jour, je suis venu ici-même au Café de Grancy, et il se trouve que la personne qui m’a servie ma bière, c’était Pierro. C’est comme ça que nous nous sommes rencontrés et qu’il m’a mis au freeboard après.

 

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A la base, es-tu un skater ou un snowboarder ?  

A la base, je suis plus un surfer en manque de vagues à Lausanne. C’est clair que je fais toujours un peu de snowboard, j’ai fait un peu de skate, j’ai aussi fait un peu de longboard, mais le freeboard me permet de retrouver cette sensation de glisse que le longboard n’offre pas par exemple.

 

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Depuis que tu as découvert ce sport, tu t’es impliqué dans l’association LAU’Riders et dans l’organisation du Lausanne Slopestyle. Peux-tu nous présenter cet événement ?

L’objectif du Lausanne Slopestyle est de reconstituer un snowpark d’été, sur l’asphalte. C’est le même principe qu’un slopestyle d’hiver, sauf que les modules en neige sont remplacés par des modules en bois. Le tout est disposé sur une route fermée au cœur de Lausanne, que nous avons beaucoup de chance d’avoir. Le but est de rassembler un maximum de freeboarders pour faire évoluer la discipline avec cette couche un peu plus freestyle, pas juste le freeride et la descente traditionnelle.

 

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Cet été a eu lieu la cinquième édition. Il y avait des brésiliens, des américains et probablement d’autres nationalités. A quelle vitesse grandit l’événement et le sport ?

La discipline grandit de manière relativement calme dans le monde, ce qui n’est pas plus mal. Ça évite d’avoir cet effet un peu buzz qu’ont eu d’autres disciplines. Ça permet d’installer de façon pérenne la croissance. Ensuite le Lausanne Slopestyle en particulier, ça dépend des années. Nous pouvons avoir entre 100 et 300 riders. Néanmoins, ça reste depuis 5 ans le plus gros rassemblement de freeboarders au monde.

 

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Derrière l’événement, il y a l’association. Que fait-elle ? Quel est son objectif ?

L’association a deux objectifs assez simples. D’une part, il y a la promotion du freeboard à Lausanne. D’autre part, c’est de réunir les freeboarders lausannois pour rider ensemble. A l’origine, le Lausanne Slopestyle était organisé par 3 personnes avant que l’association existe. Il a été repris dans son organisation par l’association pour la bonne et simple raison que l’événement répond aux deux objectifs précédemment cités.

 

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Comme tu l’as dit, il n’y pas de buzz autour du freeboard, ça grandit calmement. Est-ce parce que le freeboard n’est qu’un sport de substitution parce que tu n’as pas de vagues ou parce qu’on est entre deux hivers ? Ou est-ce que ça peut devenir un sport à part entière ?

Ce n’est pas une question facile… Effectivement, le freeboard est vraiment né de ce besoin de substitution par rapport à la neige. Moi c’est par rapport à l’eau, c’est encore autre chose. Personnellement, je crois au freeboard en tant que discipline à part entière qui va gentillement continuer à grandir. Maintenant il faut savoir, que comme le snowboard à l’époque, il y a une barrière à l’entrée qui est assez élevée, notamment le fait qu’on ride sur l’asphalte. Comme les longboarders quand ils ont commencé, il ne faut pas en avoir peur. On se blesse, c’est certain. Ce n’est pas une discipline facile, mais une fois que les gens y sont, derrière il y a une vraie communauté, une grande famille, ce qui s’est perdue dans de nombreuses disciplines. Je pense qu’au-delà de l’objectif de faire connaître cette discipline et de la promouvoir, ce que nous voulons, c’est continuer à rider dans ce même esprit, l’esprit de famille.

 

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Pour la petite anecdote, je suis allé un peu partout dans le monde. Quand je sais qu’il y a des freeboarders dans un endroit, par des contacts, j’arrive à les retrouver assez facilement. Entre freeboarders, on a toujours une place sur un canapé… J’ai des amis qui sont allés rider à San Francisco. Moi j’ai eu l’occasion d’aller en Chine dans des endroits improbables, accompagné par des freeboarders locaux. On a été accueilli dans toute l’Europe. A chaque fois que nous allons dans un endroit, nous retrouvons des freeboarders. Ils nous accueillent comme si nous étions des cousins éloignés.

 

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Est-ce facile de trouver une planche de freeboard ?

La distribution physique n’est pas très développée. Par contre la distribution en ligne, ce qui était le pari de la marque Freebord à la base, est très développée. Il y en a dans la plupart des pays d’Europe, en Amérique du Nord, dans une bonne partie de l’Amérique du Sud, et même jusqu’en Asie. C’est assez facile d’en trouver sur internet. Accessoirement, le prix d’entrée est beaucoup plus abordable que pour le snowboard (NDLR : Yoann me dira après l’interview qu’il y a une nouvelle génération de riders qui découvre le freeboard avant le snowboard).

 

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Un dernier message pour finir ?

Le moto de l’association c’est « Ride comes first ». Je pense que ça ne s’applique pas qu’au freeboard mais à tout. Longue vie au freeboard et à tous les sports de ride du moment qu’il y ait un bon esprit !

Merci.

 

Site officiel de l’association : http://www.lau-riders.com/

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